Psycho-Criminologie

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psychologie et criminologie

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De Pauline Delage - Colloque du 26 février 2013
80 pages

 

Sommaire
 
Table-ronde 1 
Accompagner les femmes victimes de violences, retours sur les pratiques
 
Introduction : Du privé au politique : les violences faites aux femmes et l’institutionnalisation des prises en charge
Natacha Chetcuti, Claire Grangeaud
 
Espaces et pratiques du collectif :
Des initiatives du Mouvement des femmes à leur formalisation par les associations spécialisées
Pauline Delage
 
Quelle approche féministe des violences contre les femmes étrangères en France ?
Claudie Lesselier
 
La question de l’enfant dans les violences conjugales : quand les intervenant.e.s requalifient la "femme victime" en "mère responsable"
 Marie-Laure Déroff

Table-Ronde 2
 : Lutte contre les Violences faites aux Femmes : Quels leviers juridiques en France et en Europe ?
 
Introduction
Lucile Routchenko, Valentine Baleato
 
Le genre et la jurisprudence de la CEDH :
une réelle consécration d’un droit du genre au titre de la violence ?
Cynthia Macquet-Baudry
 
Violences sexistes dans le couple et expériences des femmes par rapport à la justice en Espagne
Glòria Casas Vila
 
Femmes migrantes victimes de violences conjugales : Quelle protection réelle?
Isabelle Carles
 
Table-Ronde 3
 : Penser les violences, l’évolution des discours et des controverses
 
Les campagnes publiques de lutte contre les violences envers les femmes en France et au Chili (2006-2010) :représentations des victimes et des auteurs de violence
Myriam Hernandez Orellana, Stéphanie Kunert
 
Masculinisme et relativisation des violences faites aux femmes : détournement et instrumentalisation des recherches féministes
Jean-Raphaël Bourge

 

 

Introduction

 
Les enquêtes de victimation, les travaux de recherche et le recueil de données au sein des associations ont permis de produire des données chiffrées sur les violences faites aux femmes : une femme sur dix subit des violences conjugales au sein de son couple, 75 000 femmes sont violées chaque année, une femme meurt tous les deux à trois jours sous les coups de son conjoint1.
Si ces données, reprises dans les campagnes de sensibilisation, doivent alerter de l'ampleur des violences envers les femmes, si, par contraste, elles soulignent sa relative prise en charge, elles ne donnent à voir qu'une partie de la réalité de ces violences, qu'une partie du vécu des femmes, et ne montrent pas toute la complexité du phénomène. Agissant comme des marqueurs d'une société inégalitaire, les violences prennent des formes diverses – sexuelles, économiques, psychologiques, physiques – dans des espaces différents – public ou privé –, elles touchent au cœur de l'inti-mité des femmes et font système. Elles puisent leur origine dans les rapports de domination hommes-femmes, en même temps qu'elles participent à les entretenir.
L'engagement des mouvements et associations féministes, relayé ensuite par les pouvoirs publics, a permis une meilleure connaissance et prise en compte des violences sexistes. Mais il persiste néanmoins un relatif silence qui se nourrit de nombreux mythes, véhiculés dans l'espace social dans des versions plus ou moins édulcorées : les femmes seraient plus ou moins consentantes aux viols, aux violences conjugales, au harcèlement au travail subis, ou alors, elles seraient dans certains cas elles-mêmes auteures de violences, les violences seraient l'apanage de groupes socio-culturels minorisés, et les violeurs seraient des inconnus     sortant d'une ruelle sombre. Un travail de déconstruction de ces représentations, de dévoilement des mécanismes des violences, de dénonciation des discours culpabilisant les femmes et déresponsabilisant les hommes a cependant été engagé par des féministes, dans les secteurs associatifs et dans le monde de la recherche, puis dans les politiques publiques.


À partir de la fin des années 1970, en France notamment, des groupes féministes se spécialisent dans la lutte contre les violences envers les femmes, en se concentrant sur le viol, la violence conjugale et le harcèlement sexuel au travail ; ils orientent leurs actions vers des dispositifs d'écoute et d'accompagnement des femmes, ainsi que de prévention de ces violences. Dans leur discours et leur pratique, militantes et professionnelles s'attachent à construire une lecture des violences en termes de genre fondée sur une expertise pratique et profane. A la suite d’un engagement étatique qui a conduit à la mise en œuvre des premières de politiques publiques en la matière, les années 2000 marquent un tournant dans la lutte contre les violences : d’un côté, avec l’attention médiatico-politique croissante portée aux violences envers les femmes ; de l’autre, avec la publication de l'Enquête sur les Violences Envers les Femmes en France (ENVEFF)2, première enquête nationale de victimation sur les femmes dans ce pays. En prenant en compte l'ensemble du phénomène, cette enquête a permis de légitimer l'action des associations de lutte contre les violences envers les femmes, dont les pratiques se concentrent souvent autour d'une forme spécifique de violences envers les femmes, dont les pratiques se concentrent souvent autour d'un épisode spécifique de violence. Depuis lors, les travaux scientifiques en sciences sociales sur les violences se développent, toujours lentement ; et près de 15 ans après l'ENVEFF, une enquête nationale portée par l'INED sur les Violences et les rapports de genre (VIRAGE) est lancée, dont les résultats sont attendus pour 20163.

1-  Ces chiffres proviennent respectivement de l'ENVEFF, des statistiques élaborées par les associations et des rap-ports annuels sur les morts violentes au sein du couple produits par l'Observatoire Nationale de la Délinquance et des Réponses Pénales (ONDRP).
2- Jaspard etal., Les violences envers les femmes en France, La Documentation Française, Paris, 2003.
3- Sur l'enquête VIRAGE : http://www.ined.fr/fichier/t_ telechargement/55869/telechargement_fichier_fr_plaquette_ virage_inedactu.pdf (consulté le 31 août 2013)

 
 A l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes 2013, l'association le Relais de Sénart, association féministe qui accueille, accompagne, et héberge les femmes victimes de violences conjugales, l'Institut de Recherche Interdisciplinaire sur les enjeux Sociaux (Iris), la Fédération Nationale Solidarité Femmes et le Centre Hubertine Auclert se sont associés pour organiser une journée d'étude sur les enjeux scientifiques, politiques et institutionnels soulevés par les violences envers les femmes depuis les années 1970. Il s'est agi de permettre aux associations de bénéficier d’un autre regard sur leur travail et leurs outils ; et de faire en sorte que la recherche en sciences sociales puisse se nourrir du point de vue des professionnel-le-s. Le partenariat scientifique et associatif a ainsi visé à explorer la manière dont les associations s'approprient, ou non, les outils issus du champ académique, et réciproquement.

Quelles sont les relations existant entre les mondes associatif, politique et académique et comment se construisent-elles ? Outre la production de savoirs sur les violences, du côté de l'accompagnement des femmes, comment l’institutionnalisation a-t-elle transformé la question des violences d’une part, les actrices de la lutte et leurs modalités d'intervention d’autre part ? Quels en sont les effets sur la lutte contre les violences, les manières de comprendre et de prendre en charge le problème ? Dans quels espaces institutionnels (justice, social, médico-social, etc.) les luttes contre les différentes formes de violences ont-elles pu s’ancrer, et comment ?

Le moment nous semblait venu de faire un état des lieux des savoirs et des pratiques qui se sont constitués tant dans les réseaux associatifs que dans le monde de la recherche.

Depuis les années 1970 autour de la lutte contre les violences envers les femmes. La publication des actes de cette journée, en restituant les communications proposées ainsi qu'une partie des débats qui y ont eu cours, doit prolonger ces échanges de savoirs et de pratiques.

Les trois axes de réflexion proposés qui structuré la journée d’étude sont ainsi repris : analyse des pratiques, formes et effets de l'institutionnalisation et retour sur les enjeux scientifiques et politiques de la lutte contre les violences contre les femmes. L'évolution et la spécificité d'une approche féministe sont alors, dans les contributions de la première table-ronde, mises en parallèle avec l'invisibilité des violences conjugales pour certain.e.s professionnel.le.s. La deuxième table ronde s'est quant à elle concentrée sur les leviers juridiques de la lutte contre les violences faites aux femmes, en France et en Europe pour mieux comprendre les avancées et les limites persistantes du droit et de ses usages. Toujours pour créer les articulations entre mondes militant, académique et associatif, la dernière table vise à éclairer les discours et les controverses sur la définition, la compréhension et le sens des violences sexistes.

Pauline Delage
Doctorante Iris/Ehess

Hélène Tanné
Formatrice sur les questions de genre et de violences faites aux femmes

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