Psycho-Criminologie

Psycho-Criminologie

psychologie et criminologie

 

José est arrivé au Grand-Duché à l'âge d'un an avec sa famille. Il grandit au milieu de nombreux frères et sœurs dans un foyer modeste, père au travail, mère au foyer. Il passe une enfance luxembourgeoise, mais l'école n'est pas son truc, "j'étais déjà rebelle à l'école, le seul de la famille", se remémore José.

Une rébellion adolescente qui s'exprime aussi à la maison. "Mon père est assez dur, avec des règles", explique José, alors à 15 ans il décide de quitter les études pour aller travailler. Un désir d'émancipation qui selon lui, au regard de son parcours, le conduira "dans le mauvais chemin".

"Il y a seulement moi qui suis sorti de la route, les autres ont une vie stable", précise José en parlant de ses frères et sœurs. Lui enchaîne les emplois, "je suis un bosseur", mais son tempérament l'amène à les quitter dès que quelque chose le contrarie, par "fierté". Il rencontre une femme avec qui il a un fils. Les années passent, mais José garde un tempérament revêche, éternel adolescent que les expériences ne font pas grandir.

Sobre la semaine, le week-end il sort, boit beaucoup et agit comme lui dicte sa vision de la vie. "Je ne parlais pas aux gens, je ne réfléchissais pas", raconte-t-il. José est en quête de "respect", quitte à l'imposer aux autres. "Avant je réglais tout par la violence", constate-t-il amer, transformé par l'alcool "je faisais peur". Trop tard, il réalisera à quel point.

Sa première union se brise, il se remet en couple. Un autre enfant naît, mais là encore l'homme de bientôt trente ans ne grandit pas et continue sorties, alcool et bagarres. C'en est trop pour sa jeune compagne qui demande la rupture. Un soir de dispute sur le sujet pendant que le petit dort, José raconte: "Elle voulait me quitter, je ne voulais pas. Sur un coup de tête, je l'ai poignardé."

L'appel de José aux secours ne changera rien, la jeune femme meurt sous le coup de couteau de son compagnon. José lui ne réalise pas. Arrêté, incarcéré et d'abord conduit en psychiatrie l'homme est inconscient de son acte "en psy j'étais tellement gavé de cachets que je ne croyais pas ce que j'avais fait", explique-t-il.

Son entourage l'aide à se rappeler, une étape importante pour comprendre et accepter. "Avec le temps ça m'est revenu, j'ai pleuré et réalisé. Je n'ai jamais voulu tuer, mais je me suis dit: 'Tu l'as fait'." José se remémore ces instants: "J'ai dû accepter que je suis un meurtrier."

Son passage devant la justice lui ouvre aussi les yeux sur ce qu'il est alors. Au tribunal "je me sentais tout petit", confie José, "ça m’a montré qui j'étais vraiment : quelqu'un de mauvais". Son avocat plaide la formule éculée de "crime passionnel". La sentence tombe, 25 ans de prison. José est enfermé à Schrassig.

"Aucune peine n'est assez lourde pour ce que j'ai fait", commente aujourd'hui José. À l'époque, il rentre au centre pénitentiaire comme il était dehors, avec les mêmes règles et les mêmes codes. Entre sport et travail en prison, José intègre une bande. "On faisait de la merde là-dedans", témoigne-t-il "Beaucoup de choses se passent dans les blocs, sans que les gardiens le sachent, beaucoup d'agressions".

Une attitude dont il va petit à petit s'éloigner, jusqu’à rompre avec les bandes. "Ils tapaient toujours les faibles", réalise José. Aidé par un thérapeute qu'il rencontre pour la première fois au bout de "trois, quatre ans" d'enfermement, il commence à se remettre en question, assumer son acte et vouloir changer.

"Il m'a fait réaliser qu'avec mon attitude, 'quelque chose de grave devait arriver', j'aurais préféré que ce soit autre chose", raconte José en parlant de son déclic sur le crime qui l'a conduit en prison. Le temps s'écoule, "les cinq premières années passent vite, tu apprends les codes, les gens. Après le temps se bloque, c'est la routine. On marche comme une horloge."

José s'éloigne de ses codétenus, "évite ceux qui foutent le bordel" et se fixe un cap: "Tout ce que je pouvais prendre pour changer, je l'ai fait là-dedans". Les dernières années sont les plus dures, car il s'isole, "les autres avaient la haine, si tu ne veux pas marcher avec eux tu es le mouton noir", raconte José. Il tient bon, bosse dur à l'atelier de la prison et est repéré par les encadrants qui lui offre l'opportunité de travailler à l'extérieur en obtenant sa liberté conditionnelle.

Sorti depuis quelques mois, José confie: "Il faut tout réapprendre parce que j'étais perdu en sortant". Il ajoute "j'ai de la chance que des gens me soutiennent". Grâce aux associations de réinsertion, il a un travail dans le bâtiment avec un chef qui connaît son histoire et croit en lui, "je ne peux pas le décevoir".

"La prison m'a beaucoup servi", analyse José même s'il regrette profondément "de ne pas l'avoir fait dehors et avant". Avec le recul, à la question de ce qu'il voit comme améliorations à apporter pour éviter les drames José répond: "Les autorités devraient faire quelque chose avant que ça arrive. Agir dès qu'il y a des violences et mettre des peines qui fassent prendre conscience aux hommes."

Lui-même avait déjà été condamné à de petites peines, avant le meurtre, pour des bagarres. Il ajoute: "En prison, ce sont toujours les mêmes qui reviennent, jusqu’à ce que ce soit grave. Il n'y a pas de suivi thérapeutique pendant les petites peines, même de deux, trois ans." Il reconnaît que "c'est aussi très long à faire comme travail".

"Le pire, je l'ai fait", observe-t-il,"J'ai tué une femme que j'ai aimée. C'est dur." José ajoute: "Je le porte tous les jours, je vivrai avec toute ma vie". Il est conscient que ses regrets ne sont rien comparé à ce qu'il a infligé à la famille de la jeune femme. "Il faut réfléchir avant chaque acte que l'on commet, ça a des conséquences", conclut-il.

 

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source : RTL 5 minutes - Auteur : Maxime Gonzales

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