Psycho-Criminologie

Psycho-Criminologie

psychologie et criminologie

Tirée de l'album Дальняя родня

 

Nombre de victimes :  coupable pour 38, mais probablement une centaine
Type de victimes : jeunes filles, serfs
Période : 1756-1762 
Nom :  Daria Nikolaeyevna Ivanova Saltykova
Surnoms : la comtesse sanglante, Shaltihchikha Saltykov 
Date de naissance : 11 mars 1730 
Lieu de naissance : Moscou
Date de décès : 27 novembre 1801 à Moscou
Famille : Nikolaï Avtonomovitch Ivanov (père) - Anna Davydova (mère)
Sexualité : Hétérosexuelle 
Mariage :  Gleb Alexeïevitch Saltykov 
Enfants : 2 (Fiodor et Nikolaï)
Sentence : Emprisonnement à vie 
Type de tueur :  sadique, abusive, de type non-organisé
Trouble : Jalousie maladive, démence
Type d'arme utilisé : Aucune en particulier. Daria Nikolaeyevna utilisait ce qu'elle trouvait, mais parmi
les armes utilisées on peut citer des tenailles, bibelots, les pinces, le feu 

Modus operandi : Sur un simple mot mal compris, un geste mal fait, la comtesse s'en prenait à ses serfs en guise de remontrance ou par jalousie. Elle n'avait pas de mode opératoire unique et agissait sur l'instant.
Trophée :  aucun

 

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Emblème de la famille Ivanov
 

   Emblème de la famille Ivanov

    Les faits :

   Daria Saltykova est une tueuse en série Russe. Née comtesse, en 1730, elle est connue pour avoir torturé ses serfs, principalement des femmes et jeunes filles, et en avoir tué officiellement 38, mais certainement plus d'une centaine. Elle fut condamnée à être enfermée au couvent Saint-Jean-le-Précurseur de Moscou où elle mourut en 1801.

 

   Jeunesse :

   Daria est née dans une famille de nobles russes, les Ivanov. Son père, Nikolaï Avtonomovitch est comte et fils d'Avtonom Ivanov, qui était un important homme d'état durant le règne de Pierre le Grand. Sa mère est Anna Davydova. Ses parents sont apparentés aux Musin-Pushki, Stroganoff et à d'autres aristocrates éminents dont les Saltykova. Il ne faut cependant pas confondre Darya Nikolaeyevna et sa cousine par alliance, la comtesse Daria Petrovna Saltykova. La première est notre tueuse en série et la seconde, la sœur de la princesse Galitzine qui naîtra elle, en 1739, et est née comtesse Tchernycheva.

   Jeune, Daria est envoyée par son père au monastère pour y faire son éducation. Veuf, il n'a guère de temps pour l'éducation de sa fille, mais un détail laisse présager de ce que sera sa fille plus tard, car il note aux moines que celle-ci est "possédée par le démon".

Emblème de la famille de Gleb Alexeïevitch Saltykov
 

   Emblème de la famille de Gleb Alexeïevitch Saltykov

  

   Mariage :

   Daria épouse à la fin de son adolescence un membre de l'illustre famille Saltykov, un capitaine de régiment des gardes,  le comte Gleb Alexeïevitch Saltykov dont elle a rapidement deux fils, Fiodor  qui naît en 1750 (il mourra en 1801) et Nikolaï qui décédera en 1775 et épousera en 1770, la comtesse Anastasia Feodorovna Golovine.

   Daria n'est pas amoureuse de son mari et se montre souvent devant les autres comme une âme triste qui se plonge dans sa piété et fréquente assidûment les églises et les monastères, qui donnent un sens à sa vie.
   Une chance pour elle et un malheur pour ses pauvres serfs, elle devient veuve à seulement 26 ans. Son mari est mort et lui a laissé une fortune colossale qui en fait l'une des femmes les plus riches de Russie (elle sera la première fortune de Moscou). Son train de vie est conséquent, d'autant que sa mère et sa grand-mère habitant un couvent lui ont elles aussi légué  leur fortune.
   Daria a à son service plus d'une centaine de personnes (qui peuvent monter à six cents) pour l'entretien de ses nombreuses propriétés dont sa résidence située à Troïskoïe où elle vit avec ses deux fils et ses demeures de Vologda et de Kostroma.

Daria Nikolayevna Saltykov
 

Darya Nikolayevna Saltykov

   Peu de temps après la mort de son mari, elle prend un amant du nom de Nikolay Tyutchev arpenteur-géomètre et grand-père du poète russe et diplomate, Fyodor Tiouttchev. Celui-ci manque de se faire tuer quand elle apprend qu'il entretient une liaison avec une jeune fille avec qui il vient de se marier. Furieuse Saltykova décide de le tuer ainsi que sa bien-aimée avec une bombe spécialement conçue à cet effet. Heureusement pour lui, une lettre anonyme l'avertit de l'agression imminente, ce qui le sauve d’une mort inévitable.

Nikolai Tiutchev
 

Nikolai Tiutchev

   Daria est furieuse. Pour sauver sa peau, Tyutchev s'est enfui en compagnie de sa nouvelle femme vers d'autres horizons, loin de Moscou. Cet acte va conditionner la jalousie et surtout la haine de Daria envers la gent féminine et principalement envers les serfs de sa maisonnée. Son esprit despotique va concevoir les pires tourments et pendant sept longues années, Saltychikha va assassiner et torturer.

Daria Nikolayevna Saltykova
 

   Darya Nikolayevna Saltykova

 

   Crimes

   La comtesse jette principalement son dévolu sur les jeunes filles et la plupart de ses meurtres seront perpétrés dans le village de la banlieue de Trinité. Même si elle est aristocrate et qu'elle a tout pouvoir sur ses serfs, Daria Saltykova préfère fomenter ses crimes loin de la capitale afin de ne pas trop éveiller les soupçons. Les jeunes filles ne seront pas les seules à être torturé puisqu'elle s'en prendra aussi à des enfants et des femmes enceintes ainsi qu'à des palefreniers et domestiques qui vont se voir ainsi flagellés à mort pour un plancher mal lavé ou un linge souillé.

   Parmi les sévices qu'elle inflige, la comtesse sanglante se complaît à les frapper à la tête à l’aide d’instrument ou de lourds bibelots. Elle aime aussi faire roussir leurs cheveux sur leur crâne ou les plonger dans de l'eau bouillante. Elle se délecte en arrachant leurs oreilles à l’aide de pinces et de tenailles, à leur crever les tympans quand ses domestiques n’entendent pas ses ordres. Elle adore tout autant lacérer les jeunes corps et observer les sillons sanglants s’écouler sur le sol, mutiler les parties génitales de ses victimes lui procure d'ailleurs une volupté proche du plaisir sensuel. Elle s'amuse à broyer les jambes, à arracher les yeux, à les brûler à l'aide de bûches chaudes qu'elle leur jette dessus, en les fouettant jusqu'au sang. Pour elle, la maison n'est pas entretenue proprement et donc cela mérite sanction.
   Pendant ce temps, d’autres victimes meurent de faim ou gèlent dans le froid, et si au début ses sautes d'humeur pouvaient être contrôlées, peu à peu la comtesse plonge dans la folie et devient de plus en plus sadique.

Tirée de l'album София Александровна Любомирская's photos par София Александровна Любомирская
 

   Représentation de la comtesse Saltykov- Tiré de l'album София Александровна Любомирская's

  

    Parfois, il lui arrive cependant de se lasser de torturer ses proies, et les valets sont alors chargés de poursuivre la tourmente pendant son absence avec ordre de faire durer le supplice sous peine de se faire persécuter eux-mêmes.
   Une rumeur commence cependant à se répandre, laissant entendre que la comtesse Saltychikha pousse l’horreur jusqu’à kidnapper des enfants pour les rôtir et les dévorer.

   Un de ses serfs, un dénommé Iermolaï Iline va perdre, lui, successivement ses trois épouses, exécutées sur ordre de la comtesse. Elle sait qu'elle ne craint pas grand-chose, car la Russie entretient encore un système féodal où l'aristocratie a tout pouvoir sur les sujets vivants sur leurs terres. L'empire russe compte en effet à cette époque près de 50 millions de paysans, ou «moujiks», sur une population totale de 60 millions d'habitants. Tous les paysans sont des serfs. La moitié exploite les domaines de l'État, les autres survivent sur les domaines d'environ 100.000 familles nobles.

Représentation des exaxtions de la comtesse Daria saltykov - Tirée de l'album София Александровна Любомирская
 

Représentation des exactions de la comtesse Daria saltykov - Tirée de l'album София Александровна Любомирская  

 

   Certains osent finalement porter plainte devant les autorités. On parle d'étranges disparitions, de décès en grand nombre, mais au lieu d'enquêter, la police préfère punirent les familles impudentes. Il faut dire que la comtesse Daria Nikolaïevna Saltykov entretient de nombreux liens avec la famille impériale, et les nobles. Les autorités évitent également que les plaintes ne remontent la chaîne et préfèrent enterrer les faits plutôt que de les divulguer en haut lieu. Du moins jusqu'à ce que deux serfs, Sakhevely Martynov et Iermolaï Iline (celui qui a perdu ses trois femmes) quittent l'enfer de Troïskoïe pour aller se réfugier à Saint-Petersbourg. Ils se rendent alors au palais d'hiver pour transmettre eux-mêmes leur plainte et demandent à l'impératrice Catherine II d'intercéder à leur demande.
   Celle-ci est consternée d’entendre les témoignages.
   Elle se montre toutefois, au premier abord, réticente à condamner ouvertement une aristocrate, mais éclairée par les lumières comme Rousseau, et souhaitant une justice juste décide de répondre favorablement à la requête et ordonne qu'une enquête publique soit effectuée par le collège de justice. Celle-ci s'ouvre en 1762.

 

Photo : nogtivideo.ru

  

   Daria Saltykova est dès lors arrêtée.
   L'instruction va durer six ans pour se terminer en 1768. C'est Stephan Volkov (qui est-il?) qui va mener l'enquête. L'homme va alors interroger de nombreux témoins et examiner minutieusement les archives de Troïskoïe. Les interrogatoires se révélèrent cependant difficiles, la plupart des victimes survivantes et des témoins craignant de témoigner contre leur comtesse sous peine de représailles. Volkov parvient quand même à dénombrer 138 morts suspectes de jeunes filles âgées entre 10 et 12 ans.

 Daria Saltykova
 

Photo tirée de l'album Alexader Bogolepov

   Procès

   La comtesse Daria Saltykova passe devant la haute cour de justice de Russie. Durant son procès, elle est considérée comme apte au moment des faits et non folle ou malade et peut donc être jugée. Sur un total de 138 morts qu'elle va reconnaître et de nombreuses tortures faites entre 1757 et 1764, la comtesse ne sera reconnue coupable que pour 38 et quand on lui demande si elle se repend, elle fait un non de la tête. A savoir que parmi la totalité des faits qui lui sont reprochés, on ne dénombrera que 3 victimes masculines (par accident).

   La sentence met cependant du temps à arriver. Il faut dire qu'abolie en 1745, la peine de mort ne peut être requise contre la comtesse et l'impératrice Catherine II cherche alors un moyen de la condamner. Pour cela, elle va s'appuyer sur la noblesse du pays pour décréter la peine.


 

Couvent Saint-Jean-le-précurseur à Moscou en 1880
 

  Couvent Saint-Jean-le-précurseur à Moscou en 1880

   Sentence

   Celle-ci tombe le 2 octobre 1768 par décision du Sénat de la Cour. Ce sera la prison à perpétuité au cloitre Ivanosky où sont retenues les criminelles et femmes d'aristocrates impliquées dans des scandales politiques ou reconnues comme atteintes de maladie mentale.

   Pour l'humilier et montrer à tous ce qu'il en coûte, l'impératrice Catherine II la fait paraître sur une estrade en bois sur la Place Rouge de Moscou, enchaînée durant une heure avec autour du cou, une pancarte sur laquelle est notée « Cette femme a tué et torturé ». Beaucoup de monde, des aristocrates, des bourgeois, des serfs qui sanglotent de soulagement d'être vengés viennent assister à sa chute et son humiliation alors qu'il gèle sur la Place Rouge.
   La comtesse sanglante se tient sur sa chaise, attachée. Son regard est fixe, détaché. Ses cheveux sont gris alors qu'elle n'a que 38 ans.

l'actrice Julia Snigir dans le rôle de Saltychikha dans la série télé “Bloody lady”
 

l'actrice Julia Snigir dans le rôle de Saltychikha dans la série télé “Bloody lady”

  

    Au passage, l'impératrice la fait également déchoir de ses titres de noblesse.

   Daria Nikolaïevna Saltykova est ensuite conduite dans la cave du couvent Saint-Jean-le-Précurseur à Moscou. Elle y restera 33 ans, enfermée dans une cellule sans fenêtre, les murs recouverts de bois dans une totale obscurité hormis une bougie durant les repas que lui apporte une nonne. La communication y est interdite. La Comtesse ne peut recevoir aucune visite, ni se déplacer, ou recevoir et envoyer du courrier. En 1779, elle sera ensuite transférée dans une plus grande cellule. Pendant les grandes fêtes religieuses, elle est placée près d’une petite fenêtre taillée dans le mur du Temple afin d’écouter les serments liturgiques. De là, démente, elle crache sur les passants et leur jette tout ce qu'elle trouve à sa portée.

 

Représentation de la comtesse

   Finalement, elle mourra le 27 décembre 1801 (certains parlent du 27 novembre 1800) à l'âge de 71 ans et son corps sera enterré dans la nécropole familiale du monastère Donskoï.

 

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Bande annonce - Teaser - Bloody lady - Daria Saltykova, la comtesse sanglante - "psycho-criminologie.com"

 

 

 

 

Sources :

https://www.heresie.com/Saltykowa.php
https://murderpedia.org › female.S › saltykova-darya
https://russiapedia.rt.com  
https://fr.wikipedia.org/wiki/Daria_Nikola%C3%AFevna_Saltykova 
Serguei Klytchkov, Le livre de la vie et de la mort, L'AGE D'HOMME,
https://echo.msk.ru/

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