Psycho-Criminologie

Psycho-Criminologie

psychologie et criminologie

Michel Fourniret et Monique Olivier "psycho-criminologie.com"

 

Nombre de victimes :  11, sûrement plus
Type de victimes : enfants, adolescentes, jeunes femmes 
Période : 11/12/1987-5/05/2001 
Surnoms : Le Forestier des Ardennes, l'ogre des Ardennes, le tueur des Ardennes, le monstre des Ardennes
Nom :  Michel Paul Fourniret  
Date de naissance : 4 avril 1942   
Lieu de naissance :  Sedan (Ardennes)  
Taille : 1m67
Sexualité : Hétérosexuel
Mariage :  3 (Annette Rennessson ; Nicole Cleget ; Monique Olivier)
Enfants :  5 (Christophe, Nicolas, Anne, Marie-Hélène et Selim)
Parents : Lucienne Manfay - Gaston Fourniret  
Niveau d'études : Collège
QI :  124 (116 de QI verbal et 130 en QI performance)
Diagnostic : Obsessionnel, pervers, mégalomaniaque, manipulateur
Type de tueur : pédophile, sadique - tueur de type organisé
Modus operandi :  Le mode opératoire est presque chaque fois le même.
Michel Fourniret repère une jeune fille qu'il aborde en voiture avec ou sans Monique olivier, prétextant une recherche d'itinéraire ou le besoin de se rendre auprès d'un médecin, d'une pharmacie pour faire monter à bord sa victime, puis poursuit sa route vers un lieu isolé.

Type d'armes utilisées :  Cordes, revolver, mains, couteau
Totem :   Pas connu

 

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Ville de Sedan, 1940

   Jeunesse :

   Michel Paul Fourniret est le fils de Julia Lucienne Manfay, née le 8 juillet 1906, dont le père était un forestier belge qui a abandonné très tôt sa famille. La mère de Lucienne est morte en couche et c'est une tante, la Tante Alice qui va l'élever. Son père se nomme Jules Louis Gaston Fourniret, et a vu le jour en 1899 dans les Ardennes comme ses ancêtres. Il exerce le métier d'ouvrier métallurgiste. Michel naît le 4 avril 1942 à Sedan. A ce moment-là, sa mère fait des ménages à la Kommandantur. Des bruits rapportent qu'elle aurait eu une liaison avec un officier nazi, au point que Fourniret s'imaginera être le fruit de cet amour. Il a un frère aîné, André, né en 1930 et une sœur, Huguette, née le 7 septembre 1938 ou 1939. Michel grandit dans les Ardennes françaises.
   "Mon père n'a pas assumé sa mission d'époux et de père de famille. Ma mère avait une brillance intellectuelle et elle prenait mon père pour un boeuf. Mes parents étaient prudes [...] J'ai jamais vu le sexe de papa... pour maman, c'était pareil. Vous savez, ma soeur, comme ma mère, ce n'étaient pas des femmes, à mon avis... on avait le seau dans la cuisine. Quelqu'un qui défèque, c'est tout simplement ignoble. Une femme ne peut pas déféquer ou alors ce n'est pas une femme."
   Fourniret racontera avoir été amoureux de sa mère. "J'étais un enfant de la guerre, chétif, et elle s'occupait plus de moi que de mon frère André". Fourniret avouera avoir été jaloux des autres hommes qui regardaient sa mère, ne supportant pas leurs regards sur elle.
   Il dira plus tard avoir été victime d'inceste de la part de celle-ci.

Collège Turenne

   Collège Turenne, à Sedan

   Il a 12 ans quand ses parents divorcent et le père obtient la garde, arguant que sa femme est fragile mentalement.
   Son père n'est pas violent, mais sous l'effet de l'alcool, il lui arrive de fracasser les manches à balai contre les murs.
   Michel Fourniret va à l'école de Sedan et obtient son certificat d'études. Il s'inscrit au collège Turenne où il ne se montre pas très bon élève de la 6ème à la 4ème. Ses camarades de classe le décrivent comme fourbe, voleur de stylos, de portefeuilles et de livres. Il est de ce fait souvent battu par les autres élèves et les surveillants. Il intègre un CET en 4ème mathématiques et y reste jusqu'à la seconde.
   

Vrigne aux Bois


   Michel Fourniret abandonne ses études et se met à travailler comme apprenti-fraiseur chez Renault, puis comme fraiseur à la presse Hody et déménage à Sartrouville. Il est ensuite embauché à Catoire. En 1960, il intègre la fonderie de Vrigne-aux-Bois avant de partir deux ans plus tard en Algérie pour son service militaire, dans les commandos de l'air (il demandera en 1999 une pension d'ancien combattant et recevra 300€/an).  

   Le 31 mai 1963, il épouse une infirmière de sept ans son aînée avec qui il correspondait, Annette Rennesson, à Vrigne-aux-Bois. "Nous nous étions fiancés par correspondance. Je suis le roi de la correspondance !", racontera-t-il. C'est en effet ainsi qu'il rencontrera plus tard également Monique Olivier.

Michel Fourniret, ouvrier


   Peu après son mariage, il travaille comme dessinateur chez Flicoteaux où il va rester deux ans, puis retourne à Catoire où il est nommé responsable d'atelier à Martisey, dans l'Indre.
   Le 20 octobre 1964, les époux achètent 5 hectares de terrains à Floing. Fourniret vient cultiver de temps en temps un potager, et y installe un hangar. A cette époque, il habite avec sa femme la ville de Sedan. Il raconte : "Pour moi, coucher avec une femme, il fallait beaucoup l'aimer... A partir de ce moment-là, pour moi, elle était forcément vierge [...] Quand elle m'a dit qu'elle l'avait déjà fait, le monde s'est écroulé autour de moi, le monde devenait un tas de merde... [....] La première impulsion a suivi de peu mon mariage. Lors d'un déplacement, j'ai enlevé une petite pour aller voir ce qu'il s'agissait de cette foutue virginité... c'était la 1ère victime que je revendique".  L'année d'après, ils accueillent au sein de leur logis un fils, Christophe (1965), qui deviendra, adulte, infirmier en chef. L'année suivante, Michel Fourniret se fait condamner pour attouchements sur une jeune adolescente, Luce, 10 ans, sa première victime. Il écope de 8 mois de prison avec obligation de soins.
   Le 18 octobre 1968, le tribunal de grande instance de Charleville-Mézières prononce le divorce de Michel et d'Annette.

La maison de Fourniret à Clairefontaine

   Fourniret s'installe à Clairefontaine dans les Yvelines, au 9 de la route de Paincourt où il se met  à son compte pour fabriquer des machines-outils destinées à l'industrie agroalimentaire, aéronautique, et automobile. Là, il rencontre Nicole Clerget à la gare. Elle a des racines Ardenaises et à partir de là, ils ne se quittent plus. Ils se marient le 25 septembre 1970  à Vanves. Leur premier enfant Nicolas naît la même année (ll décèdera en 1997 dans un accident). C'est ensuite la naissance des jumelles en 1972, Anne et Marie-Hélène (Marie-Hélène se suicidera en 2006 pendant l'instruction de son père).
   De Nicole, Fourniret dira plus tard, "C'était une femme exceptionnelle -en plus elle avait une âme d'artiste".

   En 1973, Fourniret a 31 ans. Il se fait condamner à Verdun pour des faits de voyeurisme et de violence. Puis durant près de huit ans on n'entend plus parler de lui.

   Le 05 février 1981, il obtient l'autorisation par la ville de Charleville-Mezières de lotir ses terrains de Floing et en vend un premier l'année suivante. En 1984, son père décède et Fourniret refait parler de lui.

  Michel Fourniret, la quarantaine 

    Mars 1984, il a 42 ans.
   C'est sa 3ème interpellation devant la justice pour des faits remontant à 1982 à Saint-Hilarias (Yvelines). Fourniret a la mauvaise idée de s'en prendre à la petite amie d'un gendarme. La jeune femme parvient à le déstabiliser, à s'emparer du revolver avec lequel il la menace, et à jeter également le couteau qu'il tient dans l'autre main. Elle s'enfuit et téléphone tout de suite à son fiancé. En l'espace de deux heures, Fourniret est sous les verrous. Il n'oppose pas de résistance et avoue tout : de multiples agressions sexuelles sur mineures, une tentative de viol et le viol de cette  femme commis à Corbeil-Essonnes (plus 1 attaque à Guyancourt, 1 attaque à Gif-sur-Yvette, 1 à Marly-le-Roi, 1 à St-Cyr l'école, puis à Montigny-le-Bretonneux, et au Coudray-Monceaux). La jeune mineur, est Dahira le Guemman. Elle a  14 ans en 1982, quand Fourniret tente de la violer.  Dans le livre de Stéphane Bourgoin, elle raconte  :

Dahira le guemman-michel fourniret

Dahira Le Guemman


   "Cela s'est déroulé le 4 septembre 1982. J'avais 14 ans. J'avais passé l'après-midi chez une amie avec mon frère et ma mère m'avait autorisé à rentrer plus tard. Je suis arrivée à la gare d'Epernon par le train de 22 heures et je marchais vers la maison. Fourniret était caché dans une rue sur la droite dans son véhicule."

Michel Fourniret 1984

Portrait de Fourniret lors de son arrestation


   Au moment où elle arrive au croisement, il sort et lui attrape le bras. Il lui met un flacon sur la gorge, censé contenir du vitriol, et lui fait savoir qu'il va la prendre en otage. Il ajoute qu'il est poursuivi par la police pour avoir volé une voiture, qu'il veut quitter le pays et qu'il a donc besoin d'elle. Il la force à monter à côté de lui sur la banquette passager en la vouvoyant tout le temps et en lui donnant du "mademoiselle".
   Tout le long du trajet, il ne parle que de lui, puis lui demande d'où elle vient et lui fait savoir qu'il adore les africains (Dahira est d'origine africaine). Il lui parle de sa femme, de son 1er mariage, de la déception d'apprendre qu'elle n'était pas vierge. Il lui dit être hanté par le mythe de la vierge. Il s'arrête dans un champ dans l'intention de la laisser partir puis se ravise et lui explique qu'ils vont simuler un viol. En fait,  il a tout prévu : les cordes et le reste. Il lui demande si elle est encore vierge avant de l'attacher dans la voiture. Là, il lui fait de nombreux attouchements et la viole, avant de se mettre à pleurer. Il s'excuse et pleure à nouveau. Il ajoute qu'il va la déposer pour qu'elle puisse appeler quelqu'un pour venir la chercher. Elle lui répond qu'elle n'a pas d'argent. Il lui donne 50 francs, lui fait jurer de ne pas porter plainte et la dépose.
   Dehors, elle se met à courir jusque chez elle et pleure toutes les larmes de son corps. Sa mère lui demande ce qu'elle a et elle finit par tout lui raconter. Au commissariat, Dahira et sa mère sont très mal reçues. Les gendarmes lui font tout raconter en détail avant de lui dire qu'ils ne peuvent pas prendre sa plainte, mais une main courante seulement, les faits s'étant passés en Eure-et-Loire et pas dans leur département. A l'hôpital, on lui dit qu'elle s'en remettra et que ce n'est pas si grave... Il faut attendre cinq heures du matin pour qu'on prenne finalement sa plainte. Le lendemain et le sur-lendemain, Fourniret va passer 2 fois devant son domicile. Dahira fera par la suite trois tentatives de suicide.

tableau de michel fourniret sur ses agressions "psycho-criminologie.com"

   Tableau de Michel Fourniret avec ses annotations sur les agressions

   Pour tous ces faits, il va être condamné à 7 ans de prison dont 5 fermes. Il restera 3 ans et 1/2 derrière les barreaux, période durant laquelle il fait connaissance de Monique Olivier grâce aux annonces qu'il écrit dans le magazine catholique "Le Pélerin".


   Leur relation au début est épistolaire et se fait uniquement par écrit (ils vont échanger plus de 200 lettres). Il l'a surnomme Natouchka et elle, Kahn. Les deux se rencontrent physiquement un week-end lors d'une permission de Fourniret peu de temps avant sa sortie officielle, dans l'appartement d'un co-détenu à Brie sur Marne. "Notre rencontre", raconte-t-il "ça a été une rencontre de bric et de broc entre 2 épaves... pour improviser un radeau. Monique est une petite fille... elle veille à ne pas penser, elle ne pense pas. C'est une ravissante idiote... je pense que c'est une bête chronique".
   Mais Monique sait, quand leur couple devient sérieux, que Fourniret a déjà commis plusieurs viols sur mineures. Dans la correspondance qu'ils échangent, elle attend de lui qu'il la venge et qu'il tue le militaire qui l'a défloré, son ex-mari, et un SDF. En contrepartie, elle s'engage à l'aider dans sa quête de la recherche de vierges. C'est un pacte diabolique qui s'amorce entre les deux amants.

Maison de Fourniret à Floing "psycho-criminologie.com"

   L'ancienne maison de Michel Fourniret à Floing

   Le 10 mars 1986, la chambre de Grande Instance de Versailles, prononce le divorce entre Fourniret et Nicole Clerget.

   Fourniret sort un an et demi avant la fin de sa peine, en octobre 87 et s'installe à St Cyr-les Colons dans l'Yonne où il travaille, près de Chablis (selon Stéphane Bourgoin) avec Monique Olivier dans une caravane disposée sur le terrain tandis qu'il finit sa maison de Floing, une maison avec 3 pièces, un séjour, une chambre, un wc double.

 

  

   Monique Olivier

   Elle naît le 31 octobre 1948, à Tours. Elle est la fille de Marcel Olivier et de Suzanne Marchand. Elle aussi, comme Fourniret, est la cadette de sa famille qui compte Jacques (1938), Michel, et un autre frère mort à l'âge d'un an. Le père de Monique est artisan peintre et sa mère femme au foyer. La famille vit dans un premier temps en Vendée avant que Monique et sa mère déménagent à Nantes chez la grand-mère qui souffre d'un cancer. Le reste de la famille vient les rejoindre un an plus tard et la grand-mère meurt dix jours après.

   Monique Olivier dit avoir eu une enfance normale, proche de sa mère qui faisait en sorte qu'elle ne manque de rien. Puis Suzanne découvre que son mari a une maitresse et elle noie son chagrin et sa déception en se mettant à boire. Marcel, lui, est indifférent envers sa fille et préfère reporter son affection et son attention sur son fils Michel.
   Le parcours scolaire de Monique s'arrête très tôt, au primaire, à cause de rhumatisme articulaire. "Je voulais être médecin et j'ai fait un peu d'archéologie" dira-t-elle avec regret lors d'un de ses interrogatoires. Son père l'inscrit alors dans une école de Nantes pour y apprendre le secrétariat, mais elle n'obtient pas son diplôme. Elle parvient à travailler cependant comme dactylo pour un gérant d'immeubles avant de retourner vive avec ses parents.
   Au retour d'un chantier, elle rencontre un militaire qui l'interpelle sur le quai d'une gare. Elle a 20 ans environ à cette époque. Elle doit prendre une chambre d'hôtel, le militaire la suit, monte avec elle et la déflore.

Monique Olivier


   A 22 ans, elle rencontre André Michaut qui tient une auto-école près de ses parents. Il a 16 ans de plus qu'elle et comme il a besoin d'une secrétaire, elle s'installe chez lui, devient sa maîtresse et l'épouse. Tout va bien dans le couple durant les cinq premières années de leur mariage jusqu'à ce qu'il revende l'auto-école à cause de problèmes de santé. Le couple s'installe alors dans la banlieue de Nantes où André devient artiste-peintre, puis Monique donne naissance à deux enfants, Murphy et William, en juin 1980 et août 81.
   Son mari se monte le bourrichon et est persuadé que sa femme court le guilledou à droite et à gauche et que les enfants ne sont pas de lui. Un soir, il la frappe violemment. Une voisine, assistante sociale la prend sous son aile et l'installe avec ses enfants dans un foyer pour trois mois. Elle retourne ensuite, dans un premier temps, chez son mari, puis une amie accepte de l'héberger à Nîmes pendant un an avant que son mari ne la persuade de revenir.
   Mais à peine arrivée, il se montre violent et lui demande de lui céder l'autorité parentale. Elle accepte finalement pour avoir la paix. Un jour, il l'emmène, selon elle, dans un jardin public où il l'oblige à faire des fellations à des hommes. Monique Olivier en fera une à un SDF. La rupture est alors consommée avec son mari, et elle part. Elle ne reverra alors que rarement ses enfants, car André Michaut emmène ses fils sur la Croisette.

   Monique Olivier trouve ensuite une place comme auxiliaire de vie à Vic-le-Fesc près de Nîmes pour quatre ans. C'est lors de son séjour qu'elle tombe sur l'annonce dans "Le Pélerin" de Michel Fourniret « Prisonnier aimerait correspondre avec personne de tout âge pour oublier solitude ».   Comme elle se sent dépressive et est elle-même solitaire, elle décide d'engager avec lui une correspondance qui débute le 27 février 1987 pour se terminer le 7 octobre à la libération de Fourniret.

   1987
   Monique Olivier est enceinte. Elle et Fourniret dorment dans leur maison par terre sur un matelas et ce, jusqu'en 1990. Fourniret loue durant cette même période un appartement à Sedan, près du stade où il dispose et gare son Opel grise. Les Fourniret ont aussi une fourgonnette blanche et une Renault 9 grise. Aux voisins qui le rencontre, Fourniret passe pour quelqu'un de sec, peu causant, inaccessible qui lit des polars de la collection Série Noire.
  Monique Olivier est ressentie comme quelqu'un de calme qui fume et passe ses journées à attendre.

Les victimes de Michel Fourniret "psycho-criminologie.com"

 

   Le 11 décembre, Fourniret enlève Isabelle Laville, 17 ans, à Auxerre dans l'Yonne. Ce jour-là, vers 16h30, Isabelle est sur le chemin du retour de l'école. Elle rentre chez elle à St George sur Baulche et compte finir l'emballage des cadeaux qu'elle souhaite offrir à ses proches pour Noël. Ce n'est pas le genre de fille à lier facilement connaissance, racontera son père aux gendarmes qui, pourtant, vont classer l'affaire après seulement 5 semaines. Le parquet considère qu'il s'agit d'une fugue et que la jeune fille est partie rejoindre sa soeur qui habite Mulhouse (ce que réfutent complètement les parents). Même le club l'AJ Auxerre se mobilisera pour tenter de retrouver isabelle en faisant passer un appel à témoin.
   Sans succès.
   Le dossier sera rouvert 14 ans plus tard, en 2001 pour "enlèvement et séquestration" et son corps découvert en juillet 2006, 19 ans après les faits, au fond d'un puits à Bussy-sur-Othe (ce meurtre fut un temps attribué au tueur en série, Emile Louis).

Isabelle Laville-michel fourniret "psycho-criminologie.com"

Isabelle Laville


   Selon les aveux de Monique Olivier, c'est elle qui conduisait ce jour-là le véhicule qui a pris la jeune fille. Fourniret se tenait non loin de là et faisait semblant de faire de l'auto-stop, un jerrycan à la main afin de détourner les soupçons d'hypothétiques témoins. Isabelle Laville a été choisie pour sa ressemblance, jeune, avec Monique Olivier. Ainsi, c'était pour Fourniret le moyen d'avoir par personne interposée, la virginité de sa compagne. Ce premier meurtre classé sans suite va renforcer la toute puissance du couple et les inciter à recommencer. 

   En 1988, Fourniret perd sa mère.
  Cette même année, il tire sur un représentant de commerce sur une aire d'autoroute en Bourgogne. Il dira qu'il a tué l'homme parce qu'il avait besoin d'argent. La victime s'en sortira et portera plainte, mais l'enquête sera classée elle aussi sans suite faute d'éléments de preuves.

 

Farida Hammiche-jean-pierre hellegouarch-michel fourniret "psycho-criminologie.com"

  Farida Hammiche et Jean-Pierre Hellegouach

   Le 12 avril 1988, il tue Farida Hammiche. C'est un crime que l'on peut nommer "d'utilitaire", puisqu'il n'a pas la même raison que les autres. Le but ici est financier et non sexuel et ne fait pas partie de la part fantasmatique du tueur en série.
   Fourniret fait connaissance du mari de Farrida lors de son séjour en prison à Fleury-Mérogis. Farida Hammiche, âgée de 30 ans à l'époque avait contacté le tueur en série pour lui demander son aide dans le but de déterrer le magot caché  du gang des postiches dans un des cimetières du Val d'Oise.
   Hellegouarch avait entendu parler du trésor, dissimulé dans une caisse à outils, par un italien évadé de prison qui avait été membre du fameux Gang.

Le chateau de sautou-epoux fourniret "psycho-criminologie.com"

Le château de Sautou


   Celui-ci aurait enfermé quelque 20 kilos d'or et lingots, pièces d'or, napoléons et pesos mexicains dans la cache, tout cela, issu du magot des braquages de banques menés entre 1981 et 1986 à Paris.
   L'or déterré, Farida Hammiche et Michel Fourniret avaient caché celui-ci au domicile de la jeune femme, dans son appartement de Vitry-sur-Seine dans le Val de Marne. Selon Fourniret, il n'aurait rien perçu ou pas assez et se serait donc décidé à se servir lui-même.
   Il attire alors Farida Hammiche dans un guet-apens, la poignarde avec une baïonnette puis l'étrangle. "Il n'y a eu aucun aspect sexuel, il s'agissait seulement d'un transfert de propriété", dira-t-il plus tard.
   Il enterre ensuite son corps au sud des Yvelines.
  Avec l'argent, il achète le château du Sautou, un manoir du XIXème siècle pour 223 000€ en espèces, situé à Donchery, dans les Ardennes.

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Marie-Angèle Domece

   Le 8 juillet 1988, Marie-Angèle Domece, 19 ans disparaît à Auxerre, près de la gare à sa sortie du foyer Leclerc de Fourolles. Elle devait se rendre chez sa tante. La jeune fille était handicapée. Fourniret reconnaitra les faits en février 2018, mais son corps ne sera pas retrouvé.

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   Fabienne Leroy

   Le 3 août, c'est Fabienne Leroy, 20 ans, étudiante en BTS Biochimie en internat à Reims qui est enlevée à Châlons-en-Champagne et retrouvée morte dans une forêt près de Mourmelon (Marne) à la même période où sévit un autre tueur en série, Pierre Chanal. Le couple Fourniret expliquera l'avoir abordé sur un parking de supermarché de Châlons sous le prétexte que Monique Olivier est malade. Subterfuge pour la faire monter dans leur voiture afin de trouver un supposé médecin. (Monique Olivier était alors enceinte de 8 mois). Fourniret va tuer Fabienne avec son arme à feu afin de faire porter le chapeau à un militaire.
   Le mois suivant, le 9 septembre, leur fils, Selim nait.

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Jeanne-Marie Desramault

   Le 18 mars 1989, Fourniret enlève Jeanne-marie Desramault à Charleville-Mézières. Il abuse d'elle puis la tue en l'étouffant.  Il enterre le corps à proximité de son château, recouvre sa tête d'un sac plastique, son nez et sa bouche portant la trace d'un ruban adhésif.
   Jeanne-Marie était une étudiante âgée de 22 ans qui en paraissait 15 que Fourniret avait rencontrée dans le train entre Paris et Charleville-Mézières. Ce jour-là, elle portait une petite robe grise.

   Le 28 juillet, Fourniret et Olivier se marient et partent vivre à Floing. Il n'y a aucun invité à leur mariage, pas de fête, rien. Les 2 témoins seront leurs voisins, Gérard et Jocelyne Cadé. Gérard raconte que quelques temps auparavant, il a invité les époux Fourniret à la fête de la communion de son fils cadet, Jérémy, et a remarqué que ces deux là ne se parlaient pas beaucoup. "C'était un couple bizarre. On aurait dit un frère et une soeur. Ils étaient pas ensemble depuis longtemps pourtant. Il n'y avait pas de communication, pas de sourire, rien du tout".
  Finalement, Fourniret décide de se fondre dans la masse et de faire bonne figure. Pour cela, il danse avec sa voisine pendant que Monique fait de même de son côté. A la fin de la fête, Fourniret dédicacera le menu en écrivant un poème et surtout ces quelques lignes qui en disent long "Ah ! si je pouvais tout vous dire...".

   Cadé est donc étonné au mariage de ne voir personne de la famille de Fourniret ou d'Olivier. Il n'y a pas une voiture sur la place de la Mairie et ils seront les seuls à assister au mariage de ce couple déconcertant.

 

Elisabeth Brichet-michel fourniret "psycho-criminologie.com"

Elisabeth Brichet

    20 décembre, les Fourniret enlève Elisabeth Brichet, une jeune belge de 12 ans.
   Fourniret l'aborde à St-Servais (près de Namur). Il lui demande sa route et la fait monter dans sa voiture après avoir prétexté que Selim le fils des Fourniret était malade et qu'ils avaient besoin d'un médecin. Fourniret l'emmène au château de Sautou. Là, il lui fait subir des attouchements, la viole et l'étrangle après 36 heures de détention. Il l'enterre près du château à trois mètres de profondeur. Dans la poche de son anorak, il y a sa carte d'identité et son agenda d'écolière que retrouveront plus tard les gendarmes.
   La veille de son arrestation, Michel Fourniret se trouve à Ville-sur-Lumes, un petit village de 37 habitants où il a reçu en héritage une maison de sa sœur. Ce jour-là, il élague les arbustes. Elisabeth a été repéré deux heures avant son enlèvement, au moment où elle quitte la maison de son amie Vanessa. L'autopsie révèlera qu'Elisabeth a été étranglé mais pas violée.
   Monique Olivier racontera ensuite qu'elle a procédé à la toilette de la jeune fille parce que celle-ci avait eu ses règles pour la première fois. Elle est descendu ensuite à la cuisine où se trouvait son mari et lui a dit "Ca y est, elle est prête".
   Quand Fourniret arrive, la gamine repose les bras en croix sur le lit.
   Après le viol, Elisabeth suppliera toute la nuit Monique Olivier qui dort dans la pièce d'à côté de la libérer.
   Sans succès.

Michel et Monique Fourniret et leur fils Selim

Les époux Fourniret et leur fils Selim

   Février/Mars 1990, du jour au lendemain, les époux Fourniret et leur fils Selim quittent  leur demeure du clos de la Joncquière sans emporter les meubles. Ils les récupèreront deux ou trois ans plus tard sans que leurs voisins, les Cardé ne s'en rendent compte.

   17 mai, c'est l'enlèvement de Joanna Parish (20 ans), une britannique, lectrice au lycée Jacques Amyot d'Auxerre dont le corps sera découvert dans l'Yonne, à Moneteau , près d'Auxerre. Elle a été battue, violée et étranglée. (Il avouera son meurtre en février 2018).

Natacha Danais - Michel Fourniret - "psycho-criminologie.com"

Natacha Denais


    Novembre, Fourniret et Monique Olivier retrouvent l'ex-mari de celle-ci et mettent le feu à son atelier de peinture. Fourniret laisse des  traces qui conduisent les gendarmes jusqu'à lui. Le 21 novembre, Fourniret comparaît devant le tribunal correctionnel de Nantes pour l'agression contre André Michaut. Après l'audience, il raccompagne son avocat à la gare et enlève dans la foulée Nathacha Danais, 13 ans, à Rezé au sud de Nantes. La jeune fille était partie faire des courses avec sa famille, mais arrivée au centre commercial Leclerc, sa mère se rend compte qu'elle a oublié son portefeuille. Natacha part le chercher. Elle ne reviendra pas. Son corps sera retrouvé 3 jours plus tard sur la plage vendéenne de Brem-sur-Mer, à 70km de Nantes, poignardé. Fourniret dira plus tard qu'il l'a violé avant de la tuer de 2 coups de couteau dans le cœur. En 2003, faute de résultat, le dossier est clos par le parquet. Il sera rouvert à la suite des aveux de Fourniret. À l'époque, Jean Groix, vétérinaire et militant breton, fut soupçonné. Il habitait en face du domicile de la fillette qu'il connaissait et possédait une fourgonnette blanche similaire à celle de Fourniret, décrite par la sœur de Natacha. Jean Groix sera incarcéré à la suite de la découverte, lors d'une perquisition dans son cabinet pour l'affaire Danais, de trois Basques qu'il hébergeait, membres supposés d'ETA. Jean Groix s'est suicidé en prison quelques semaines après son incarcération.

   Février 91 : Fourniret revend le château de Sautou et achète la maison de Sart-Custinne en Belgique.  Il est condamné cette même année par le tribunal de Verdun pour des faits de menaces.

   1992 : Le couple s'installe à Sart-Custine

   En juillet 1993, un vol d'armes a lieu au poste de Douane de Givet. On en trouvera une partie au domicile de Fourniret à Sart-Custine : un fusil à pompes et 2 revolvers.

Tanja groen-michel fourniret "psycho-criminologie.com"

Tanja Groen

   En août, il tue une jeune fille au pair qui travaille à leur domicile en Belgique. Fourniret tente de violer la fille avant de la tuer et de faire disparaître son corps. La jeune fille dont on ne connait pas le nom parlait le français, était blonde, originaire de la région Bruxelloise, âgée d'environ 16 ans. Le corps aurait été enterré près de Sart-Custinne et ne sera pas retrouvée. Puis il enlève Tanja Groen.
Tania, une étudiante de 18 ans quitte ce soir-là une fête organisée par une association de Maastricht et regagne à vélo sa chambre située dans un village à 6 km du chef-lieu de la province de Limbourg (Pays-Bas). On ne retrouvera ni son corps ni son vélo.

   13 juillet 1994 : Fourniret tente d'enlever une femme, mais est repéré par un gardien et s'enfuit en abandonnant son arme un calibre .357 sur le parking.

Joelle parfondry-michel fourniret "psycho-criminologie.com"

Joëlle Parfondry au procès des époux Fourniret

   L'année suivante, au mois de janvier, Fourniret agresse Joëlle Parfondry, une toiletteuse pour chien dans la ville de Jambes. il se présente cagoulé et armé d'un pistolet dans son magasin. Sous la menace d'une arme, il l'oblige à se coucher et tente de la ligoter. Il l'entraîne ensuite dans les toilettes et lui ordonne de se déshabiller avant d'essayer de la violer. Il la frappe à la tête et vide le contenu de la caisse du petit établissement, 25 000 francs.

   En février 96, Fourniret revend sa maison de Floing pour 75 000 francs. C'est son frère Alexandre, professeur de physique qui le représente pour la vente et encaisse l'argent. Alexandre vit non loin de chez Michel, à Vrigne-aux-Bois, près de Floing. Au moins d'avril, le 18, la gendarmerie de St Hubert intervient dans le chapiteau du cirque Triumph. Fourniret s'y trouve et se montre menaçant avec l'exploitante dont le mari devait acheter une de ses armes, mais celui-ci change d'avis, ce qui met Fourniret en colère. L'arme est saisie et identifiée comme étant l'une des armes volées à Givet. Fourniret dira aux gendarmes qu'il n'a rien à voir avec le vol et qu'il l'a trouvé.
   Il sera inculpé seulement pour menaces.
   6 ans après l'enlèvement d'Elisabeth Brichet, une cellule, la "cellule Brichet" avec 8 inspecteurs est mise en place. Au même moment l'affaire Dutroux éclate en Belgique.

   En novembre 96, Marion Wagon, 10 ans, disparait à Agen.

   1997 : Michel Fourniret perd son fils Nicolas qui, en visite chez lui, est broyé par une machine  à bois.
   En 1999, Hellegouarch porte plainte contre Fourniret pour la disparition de son épouse, mais l'enquête s'enlise et n'aboutit pas.

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Céline Saison

   Le 12 février 2000, Fourniret s'en prend à une adolescente de 14 ans près de la gare de Gredinne, en Belgique. Il la harcèle de questions, l'agrippe, mais la fille parvient à se dégager. Elle se rend à la police et porte plainte donnant une description des vêtements de son agresseur. Mais l'enquête ne débouche sur rien. Le 16 mai, Céline Saison, 18 ans est enlevée à Charleville Mezières. Elle est lycéenne et vient de passer son bac. A 17h, elle marche sur un pont enjambant la Meuse. Son corps sera retrouvé le 22, dans un bois de Sugny à 200m de la frontière française, près du château de Fourniret. Il avouera avoir tué la jeune fille après l'avoir violé et roulé des heures avec son corps enfermé dans le coffre de la voiture. La police, elle, pensera à une fugue.

 

   19 avril 2001, Fourniret tente d'enlever une jeune femme de 20 ans à Han-sur-Lesse. A la police, elle raconte avoir été importunée par un homme circulant à bord d'une camionnette blanche et parvient à donner une description assez complète : "La cinquantaine, nez aquilin, de corpulence moyenne, vêtu d'un jean". Elle a également relevé la plaque d'immatriculation : BMP967.

Mananya thumpong michel fourniret "psycho-criminologie.com"

  Mananya Thumpong

   Le 5 mai, Mananya Thumpong, 13 ans disparaît à Sedan, à hauteur d'une station-service. Fourniret insiste pour la raccompagner, elle refuse. Cela fait deux semaines qu'il la suit, allant jusqu'à son domicile. Mananya, d'origine Laotienne, est enlevée vers 16h, 16h30 après son départ de la médiathèque de Sedan. Cela fait plusieurs heures qu'il l'attend. "Le chasseur sait attendre", comme il le dira lui-même. Il la fait monter à bord, lui disant qu'il va la raccompagner. Comme elle est déjà montée une première fois avec lui, elle a confiance et prend place dans la camionnette. Il l'emmène par de petites routes de campagne, direction la Belgique. Dans la forêt de Nolleveaux, il lui explique qu'ils vont avoir un rapport sexuel. "Si tu me demandes de te faire l'amour, ce ne sera pas un viol, donc je ne risquerai rien, donc je pourrais te relâcher", lui fait-il savoir. Mananya, dans un premier temps acquiesce avant de se rebeller. Fourniret devient fou. Pour lui, ils ont passé un contrat. Comme elle refuse de se laisser faire, il l'étrangle.
    Son corps sera retrouvé le 2 mars de l'année suivante, ou du moins ses ossements, par un promeneur dans la sapinière de Nollevaux (Paliseul), à 28 km de son domicile. La police retrouvera une montre, un body et une bague. Selon l'autopsie, elle a été étouffée.

 

   En août 2002, il tente d'enlever une fillette de 9 ans, dans la région de Chiny. Il la bâillonne, mais elle se débat et réussit à s'échapper. La gamine parvient à rentrer chez elle et raconte sa rencontre à ses parents qui filent porter plainte à la police pour enlèvement.

    Janvier 2003 : Fourniret obtient un poste de surveillant au réfectoire de l'école communale à Sart-Custinne. Une institutrice se souviendra "Quand il s'avançait dans la cour de récréation, les enfants se taisaient et arrêtaient de jouer... il dégageait quelque chose de glaçant". Le 9 janvier, Estelle Mouzin disparaît à Guermantès, en Seine-et-Marne (la piste Fourniret sera relancée en novembre 2018).

   Le 26 juin, il enlève à Ciney, une jeune fille de 13 ans. Elle s'appelle Marie-Ascension Sangwe, et est circassienne. Comme pour ses autres crimes, il utilise la ruse, et demande à la jeune fille le chemin de l'école. Il se fait passer auprès d'elle pour un prof de dessin. La fillette lui montre la direction, mais refuse de monter dans le véhicule. Fourniret prend alors une moue indignée et avec un air de professeur, lui dit : « Ce n'est pas bien de ne pas faire confiance aux gens ! ». Cette phrase et le ton employé convainquent Marie-Ascension de prendre place dans le véhicule. Fourniret la saisit alors brutalement, la ligote, la jette à l'arrière et redémarre aussitôt. La gamine ne doit son salut qu'à un arrêt à un carrefour, à Beauraing à une dizaine de kilomètres de là. Elle ouvre la porte et se met à courir et trouve refuge dans la voiture d'une automobiliste. Celle-ci croise la fourgonnette de Fourniret et note sa plaque d'immatriculation, ce qui permet l'arrestation, le lendemain de Michel Fourniret.

   Il a 61 ans.

camionette de michel fourniret "psycho-criminologie.com"

intérieur de la camionnette de Michel Fourniret

 

    Inculpation et procès

   Le 3 août 2003, Michel Fourniret est inculpé d'enlèvement, de séquestration arbitraire et d'attentat à la pudeur à l'encontre de Marie-Ascension Sangwe.

   Après un an d'interrogatoires sans succès, Michel Fourniret est sur le point d'être relâché. Mais Monique Olivier, qui en est à près de 120 interrogatoires finit par craquer et révèle en juin 2004 une partie du parcours criminel de son mari. Le , elle est placée sous mandat d'arrêt pour non-assistance à personnes en danger et, le , son mari confesse six assassinats.
   Quatre jours plus tard, les fouilles au château de Santou permettent de découvrir les dépouilles d'Elisabeth Brichet et de Jeanne-Marie Desramault.

   © Thierry Doudoux / France 3 Champagne-Ardenne

   Le 9 janvier 2006, Fourniret est extradé de la Belgique vers la France, les justices françaises et belges s'étant mises d'accord pour un procès unique.

   Le 11 mars 2008, Fourniret est inculpé pour les enlèvements et les assassinats de Marie-Angèle Domece et Joanna Parish (il reconnaîtra les meurtres en février 2018). Quinze jours plus tard, c'est le début du procès du couple à Charleville-Mézières. Ils sont jugés pour 5 meurtres : Isabelle Laville, Fabienne Lery, Jeanne-Marie Desramault, Nathacha Damais, Elisabeth Brichet) et 2 assassinats (Céline Saison et Mananya Thumpong). Fourniret décide de ne pas s'exprimer et brandit un panneau "sans huis clos, bouche cousue". Il répondra aux questions sur son identité en brandissant cette feuille de papier blanche avec ces mots écrits par ordinateur.


   Fourniret écope de la prison à vie sans libération conditionnelle et est actuellement détenu à la maison centrale d'Ensisheim en Alsace. De ses victimes, il dira "Non seulement je les viole, mais je les tue aussi. Parce que si je ne les avais pas tuées, elles auraient eu des séquelles très importantes. Et leurs familles auraient souffert toute leur vie". Bref, selon lui, il leur a rendu service en les tuant.

Fouilles chez les fourniret, 2010 - "psycho-criminologie.com"

Fouilles chez les Fourniret, en 2010 au château du Sautou

   Du rôle de sa femme, il dira "C'est Monique qui attirait et préparait les filles... elle s'est attachée à répondre à mes attentes en m'offrant des vierges. [...] contrairement à Annette et à Nicole, Monique a été le catalyseur de mes crimes [...] Je pense que Monique, j'avais besoin de l'humilier."
   Monique Olivier est accusée de complicité de meurtre et de non-dénonciation de meurtre. Elle est condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 28 ans et  incarcérée aujourd'hui à la prison pour femmes de Rennes.
   Elle racontera lors d'un de ses interrogatoires que lorsque Fourniret tuait, elle et son mari n'avaient pas de rapports sexuels depuis quelques semaines. Il y avait comme une sorte de pause. Au niveau de leur couple des choses se sont mis petit à petit en place, et après le meurtre, Fourniret avait un besoin compulsif de rejouer les scènes d'agression. Ils faisaient alors l'amour devant un miroir pour que Fourniret puisse se voir.

Monique Olivier

Monique Olivier en reconstitution

   L'après

   Le 2 juin 2010, les époux Fourniret divorcent.
   Deux ans plus tard, la cour d'Appel de Paris annule l'ordonnance de non-lieu dans la disparition de Joanna Parish. La justice rouvre l'instruction.
   Le 7 octobre 2013, les résultats d'analyse tombent : aucun des poils ni des cheveux retrouvés dans la camionnette de Fourniret ne correspond à l'ADN d'Estelle Mouzin.
   Le 20 mai 2015, Monique Olivier reconnait avoir menti pour donner un alibi à son mari le soir de la disparition d'Estelle Mouzin.
   Le 2 mars 2018, Fourniret fait un début d'aveux sur l'enlèvement d'Estelle Mouzin. une enquête vient d'être rouverte, début septembre 2019 car,  une heure après la disparition, à 20 h 08, un appel téléphonique a été passé du domicile de Fourniret dans les Ardennes au fils de ce dernier pour son anniversaire. La justice pense que c'est Monique Olivier qui aurait passé cet appel et non Fourniret.

 

   Entre le 13 et 16 novembre 2018, les ex-époux Fourniret sont jugés par la Cour d'Assises des Yvelines pour l'assassinat de Farida Hammiche dans le but de s'approprier le butin du gang des postiches qui a permis l'achat du château de Sautou.

Michel Fourniret en route pour une reconstitution à St-cyr les Colons

 

    Le 24 janvier 2020, Monique Olivier fait savoir lors d'une audition chez le juge que selon elle, son mari a bien tué la jeune Estelle Mouzin qui était selon ses dires "son profil type". "Si j'étais vous, je chercherais entre l'école et le domicile" avait-il raconté de son côté le 23 novembre 2019. Des fouilles devraient bientôt voir le jour au château et sur les anciennes  demeures afin de retrouver les restes de la jeune fille.

     Le 5 mars 2020, Michel Fourniret reconnait le meurtre d'Estelle Mouzin.
    Les fouilles organisées, le 25 juin 2020, au château de Michel Fourniret n'ont pas permises de retrouver le corps de la jeune Estelle.
Mais la question véritable qui se pose est celle-ci : Michel Fourniret a-t-il bien tué la jeune Estelle Mouzin ou est-ce une nouvelle manipulation de sa part ? A-t-il avoué pour s'offrir un dernier tour de piste, s'amuser de la justice ?

      Le 21 août 2020, Monique Olivier confirme devant la juge que Michel Fourniret a enlevé et tué la jeune Estelle Mouzin. La scientifique découvre de l'ADN de la jeune fille sur un matelat situé dans l'ancienne maison de la soeur du tueur en série. Les traces partielles ne sont cependant pas suffisantes pour attester de la présence de la jeune fille sur les lieux, malgré les dires de Monique Olivier, car elles sont mélangées avec un autre ADN. Le corps d'Estelle Mouzin aurait été déplacé et enterré ailleurs.

 

   Profil psychologique

   Michel Fourniret a une obsession de la virginité chez les femmes, cette obsession traverse toute son existence. Il a raconté aux enquêteurs que la grande désolation de sa vie était de n'avoir jamais épousé une femme vierge. Ainsi justifie-t-il son éternelle recherche d'enfants et de jeunes filles, qu'il nomme MSP (« Membranes Sur Pattes »).

   1986 - Michel Fourniret est décrit par les experts comme un homme cliniquement de bonne intelligence. C'est avec jubilation qu'il expose son palmarès scolaire et professionnel.


   C'est un homme volontaire, courageux, travailleur régulier, voire acharné qui a accédé à une qualification de technicien supérieur. En détention, il obtient une activité avec prise d'initiative et de responsabilité. Ce surinvestissement professionnel, compensateur n'est pas exempt d'une sublimation de ses compétences et de ses réalisations. Sa vie relationnelle et affective apparaît bien secondaire et étriquée. Il brosse spontanément un portrait idéalisé de ses parents, mais évoque la défaillance paternelle. Il fait poindre l'atmosphère incestueuse de ses rapports avec sa mère. Ces liens fondateurs non dénoués ont organisé la personnalité de Michel Fourniret, sur un mode névrotique avec des défenses obsessionnelles massives. Le réseau défensif se révèle toutefois insuffisant pour endiguer le vécu pulsionnel et la culpabilité interne du sujet. La réalisation de ses idées obsédantes (sur fond de jalousie et de mysticisme) évoque un noyau pervers sous-jacent. Les actes commis sont rationalisés à l'extrême, dans une dimension imaginaire qui confine à une élaboration délirante. L'intégralité du Moi est conservée et le sujet n'adhère pas totalement au discours qu'il présente. Il sent la dimension érotique de cette construction.

   Contre-expertise des Drs Bardet-Giraudon et Bonnstein - 3 juillet 1986
   Fourniret est un homme de bon niveau intellectuel avec autodidactisme et ardeur professionnelle.
   En réponse à des problèmes identificatoires précoces, il a développé une névrose complexe avec une certaine sensitivité à l'ambiance et des composantes phobo-obsessionnelles centrées sur le thème de la virginité. A défaut de confier ses tourments obsédants, il a entrepris une série de passages à l'acte, poursuite de ses fantasmes, en ne réalisant pleinement leur caractère antisocial que devant la résistance et l'opposition des victimes.

Monique Olivier "psycho-criminologie.com"

 

   Ce qu'on peut en dire

   Même si Michel Fourniret a une très haute opinion de lui et aime se narciser au travers de ses exploits et qu'il n'a aucun remords, il est à noter que son génie criminel n'est pas si parfait qu'il semble le croire. En effet, il a fait nombre d'erreurs qui ont plusieurs fois failli le faire prendre. Même s'il a planifié certains de ses meurtres et a été capable d'épier sa proie durant de nombreuses heures, il s'est montré plus d'une fois brouillon, agressant parfois pour quelques billets un homme ou une femme pour remplir son réservoir d'essence (dans le cas du commercial, par exemple), laissant sa victime en vie et donnant à celle-ci la possibilité de le reconnaître, et donc de le faire arrêter.
   Il aime maîtriser la situation et se poser en maître (problématique de la toute-puissance et maîtrise) et ne supporte pas d'être l'élève. Lorsque Fourniret se montre durant un interrogatoire en difficulté de réponse, il met en place des mécanismes de défense comme l'humour ou détourne la teneur de la question.
   Michel Fourniret se croit également le meneur du couple qu'il forme avec Monique Olivier, mais il semble qu'il se montre à certains moments le suiveur. En effet, quand elle parle, il pourrait avoir le choix de se taire, mais avoue ensuite. C'est elle qui mène à plusieurs reprises le jeu des aveux et sans elle, Fourniret n'aurait sûrement pas été le tueur en série que l'on connaît. Il semble cohérent cependant de penser qu'il aurait tôt ou tard tué, son mode pervers étant inhérent à sa personnalité et ses fantasmes prenant au fil du temps plus d'ampleur. 


   Monique Olivier est assez manipulatrice et dans le test de Rosenzweig, un test projectif de frustration, elle laisse percevoir son rapport à la loi. Dans l'une des bulles où le premier personnage dit "Le règlement de la bibliothèque ne vous autorise à emporter que deux livres à la fois", elle répond "je n'avais pas lu le règlement" (je ne connais pas la loi, donc je peux l'enfreindre). Dans une autre bulle, le premier personnage, un gendarme dit "Vous n'êtes pas fou de rouler à 90 km/h devant cette école ? " auquel elle fait répondre "J'ai de bons réflexes, j'aurai freiné à temps" (je maîtrise).

   Elle excuse son rôle dans les meurtres, prétextant que "Il aurait fait disparaître nos corps (Selim et elle) et on ne nous aurait jamais retrouvés". Elle dit s'être sentie piégée dès le début "Je me sentais quand même autant coupable que lui, mais ce n'était pas ma faute s'il tuait des victimes". La stratégie de Monique Olivier est de se faire passer pour une femme soumise, immature et dépendante, quelqu'un qui n'a pas le choix. Mais en fait, tout comme lui, son rapport à la loi est biaisé et comme lui, quand il s'agit de ses désirs, elle est capable de passer outre la loi. N'oublions pas qu'elle a passé un pacte avec lui pour qu'il tue le militaire qui l'a défloré, le SDF à qui elle a fait une fellation et surtout son ex-mari, André Michaut.
  Monique Olivier est en fait une manipulatrice et une dissimulatrice qui se réfugie derrière un personnage d'auto-dévalorisation qu'elle s'est constituée pour minimiser son rôle.
  A aucun moment, raconte d'ailleurs par exemple le Dr Ployé dans son expertise, elle n'a évoqué les victimes en tant que telles, si ce n'est pour se projeter elle-même en tant que victime de Fourniret.  "J'obéissais à ses ordres, et je faisais ce qu'il me demandait de faire... pour ça, il m'a piégée, c'est certain". Les psychologues verront chez elle une névrose de rejet (par rapport au système familial de son enfance), avec forme d'inhibition, dépendance à l'autre, complémentarité criminelle. Elle n'est pas soumise à Fourniret. Monique Olivier a narcissisé Fourniret et lui a permis d'aller au bout de sa perversion. Avec lui, elle a trouvé son propre moteur à fantasme, en sadisant l'autre (la victime).

 

   Test d'intelligence

   Monique Olivier au test du WAIS a un Qi Total de 131 (117 de Qi Verbal et 143 de Qi performance ) pour 124 pour Fourniret (qui a un important potentiel d'analyse, d'organisation et d'intelligence de la situation).

   Hobbies

   Michel Fourniret est un joueur d'échecs passionné et un grand lecteur. Il n'hésite pas à citer Dostoïevski, Rilke et Camus.

 

 

 

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Livres

L'ogre des Ardennes, de Stéphane Bourgoin
Prix : 19€ (Broché) - 13.99€ (epub, mobi)

 

Le fils de l'ogre, de Oli Porri Santoro
Prix : 19.90€ (Broché) - 13.99€ (epub, mobi)

 

La mésange et l'ogresse, d'Harold Cobert
Prix : 13.49€ (Broché) - 8.10€ (poche) -
13.99€ (epub, mobi)

 

Les diaboliques face à leurs juges, d'Alain Hamon
Prix : 18.30€ (Broché)

 

Le pacte des Fourniret, d'E. Maurel
Prix : 24€ (Broché) - 12.99€ (epub, mobi)

 

Les Fourniret, de J.P. Vergès
Prix : 24.50€ (Broché) - 13.99€ (epub, mobi)

 

L'affaire Fourniret, de R. Maudhuy
Prix : 12.98€ (Broché)


 

Face à Fourniret, de Gilles Latapie
Prix : 14.55€ (Broché)

 

Un couple diabolique, de F. Ausserre
Prix : 17.45€ (Broché)

 

Les clés de l'affaire Fourniret
Prix : 20.88€ (Broché)

 

Inavouable vérité, de J.F. Abgrall
Prix : 3.88€ (Broché) - 10.99€ (epub, mobi)

 

 

 

Sources :
- RTS Suisse, https://www.rts.ch/info/monde/1102129-les-epoux-fourniret-face-a-leurs-juges.html
- Emission "Faites entrer l'accusé", épisode "L'ogre des ardennes"
- Stéphane Bourgoin, L'ogre des ardennes, edition Grasset - 2018
- INA : https://www.ina.fr/video/2598396001016
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Fourniret
- Gérard Chemla Avocat de familles de victimes de Michel Fourniret – C dans l’air – France 5 – 28 mars 2008

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