Psycho-Criminologie

Psycho-Criminologie

psychologie et criminologie

Publié le par Criminologie
Publié dans : #Tueuses en série, #Tueurs en série Européen, #Tueurs en série français
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Nombre de victimes :  12
Type de victimes :  son mari, sa famille, voisine
Période :   1940-1949   
Surnom : L'empoisonneuse de Loudun, la Brinvilliers de Loudun  
Nom :  Marie Joséphine Philippine Davaillaud
Date de naissance :   15 août 1896
Lieu de naissance :  Saint-Pierre de Maillé
Date de décès :  14 février 1980
A :  Loudun
Sexualité :   Hétérosexuelle
Mariage :  Auguste Antigny, Léon Besnard 
Enfants :   Non
Parents :  Eugène Davaillaud (père),  Marie-Louise Antigny (mère)  
Niveau d'études :  primaire
Type de tueur : d'opportunité (argent)  
Modus operandi :  non connu
Type d'armes utilisées :   Poison (arsenic)
Totem :   Non

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Marie Besnard et ses parents

 

   Les faits :

   Marie Besnard, transposée à la télé sous les traits d'Alice Sapritch puis de Muriel Robin est soupçonnée d'avoir tué par empoisonnement une douzaine de personnes, dont parmi eux, son mari. Son histoire a défrayé la chronique judiciaire française durant de nombreuses années avec les pour et les contre Marie Besnard. Au bout de trois procès et dix ans de procédure, elle fut finalement acquittée par la Cour d’Assises de Gironde, en 1961.

 

   Jeunesse

   La future empoisonneuse de Loudun est née en plein été à la fin du 19ème siècle, un 15 août 1896, dans un petit hameau de la ville de Saint-Pierre-de-Maillé nommé les Liboureaux. Fille unique d'un cultivateur, Eugène et d'une femme au foyer, Marie-Louise Antigny, la petite Marie-Joséphine Philippine Davaillaud grandit dans un foyer aimant. Elle fait sa scolarité chez les sœurs, puis intègre l'école laïque du village. A douze ans, elle est obligée de rester dans le foyer familial, terrassée par une fièvre typhoïde qui la cloue au lit et l'empêche de passer son certificat d'études. Remise, elle ne reprend pas l'école et travaille à la ferme avec ses parents.

 

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Marie Besnard et son mari Léon Besnard

   Mariages


   A l'âge de 18 ans, celle qui va devenir Marie Besnard s'éprend d'un de ses cousins germains du côté maternel, Auguste Antigny deux ans plus jeune qu'elle et à la santé fragile.  Même si les parents s'opposent à cette histoire d'amour, les deux jeunes gens finissent par se marier le 12 avril 1920.  Le couple trouve une place de concierges au château des Martins, chez M. Courbe.
   La santé le rattrapant et après avoir été réformé, Auguste meurt sept ans plus tard d'une angine de poitrine laissant son épouse sans enfant. Marie tombe en dépression et part se refaire une santé chez sa cousine Pascaline qui réside à Loudun, l'année suivante.
   A Loudun, ville de 7800 habitants située à l’extrémité Est du Poitou et aux limites de la Touraine et de l’Anjou, elle rencontre celui qui va devenir son second époux et qui va lui donner le patronyme que tout le monde connaît, Léon Besnard. L'homme est riche. C'est un commerçant, cordier et gros propriétaire foncier. Il la courtise et l'épouse le 12 août 1929 sans la présence de ses parents avec qui Marie le fait se réconcilier quelques temps plus tard.
   Ce pour quoi, il lui sera éternellement reconnaissant.
   Au début le couple semble être plutôt heureux même si là aussi les enfants manquent. Marie, à la suite de ses maladies (la typhoïde et une péritonite), subira en 1942 une ovariectomie. Léon ne lui en veut pas, et le couple vit tranquillement, confortablement. Seulement, les voisins commencent à jaser. Léon et surtout Marie attisent la jalousie et les rumeurs, notamment d'une certaine Pascale Vérité. Elle prête à Marie plusieurs aventures amoureuses et le couple reçoit plusieurs lettres anonymes.
   Marie et Léon rédigent l'année de leur mariage un testament déclarant que le dernier époux survivant sera héritier de tous les biens du ménage.

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Marie Besnard

 

   Les premiers morts

   Dix ans se passent et voilà que la seconde Guerre Mondiale éclate. L'année suivante, le père de Marie meurt d'une congestion cérébrale. Il avait 78 ans. Quelques mois plus tard, le 2 septembre 1940 à l'âge de 92 ans, c'est au tour de la grand-mère chérie de Léon, Louise Labrèche de trépasser. La série continue avec Marcellin Besnard, le père de Léon qui disparaît après avoir subi trois attaques cardiaques et un coma. Vient ensuite la mère, qui décède à son tour le 16 janvier 1941 d'une congestion pulmonaire.
   Léon Besnard et sa soeur Lucie, héritent de chacun d'entre eux la somme  262 325 francs de l'époque ( à peu près 100 000 euros). La maison familiale revient elle à Léon, mais sa sœur n'est pas d'accord. Elle pense que son héritage doit être supérieur à celui de son frère et elle s'enferme chez elle, déprimant. Léon qui s'inquiète pour elle, part chez sa sœur en compagnie d'un garde-champêtre et va la découvrir pendue à la rampe d'escalier.
   Le médecin ne voyant rien d'anormal ordonne le permis d'inhumer.
   Pendant la guerre les époux Besnard vont loger des cousines de Léon, Pauline et VIrginie Lalleron qui voient leur maison occupée par les Allemands. Une voisine est elle aussi accueillie chez les Besnard. Elle a la santé fragile et demande à Léon de racheter sa maison, ce qu'il fait pour la somme de 55 000 francs en lui versant une rente annuelle de 2400 francs.
   Au bout de quelques semaines, Blanche Rivet se sent de plus en plus mal et se met à cracher du sang. Elle ne peut plus avaler et après avoir fait venir son notaire pour écrire son testament, elle passe de vie à trépas, le 27 décembre.
   Marie Besnard est nommée alors légataire universelle...

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Auguste Massip

 

   En 1942, Marie Besnard rencontre celle qui va plus tard la dénoncer, Louise Pintou. Marie lui a fait porter un panier de raisins et la jeune femme vient la remercier de son geste. Les deux femmes ne se quittent plus ensuite et se voient quasiment tous les jours. Louise prend soin de la mère de Marie et présente à son amie les frères Massip. Joseph est amoureux de Louise, mais celle-ci ne veut pas l'épouser. Quant à son premier frère, Auguste, c'est un homme bizarre qui écrit des lettres au président de la république et le second, Gaston est lui malade mental.
   1942, c'est aussi l'année de l’ovariectomie de Marie Besnard qui la laissera diminuée physiquement et moralement. Louise Pintou s'empare de cette opération pour entretenir une rumeur qui veut voir Marie au bord du trou. D'ailleurs Louise en profite pour faire la cour à Léon et l'embrasser à la barbe de sa femme.
   En juillet 1945, les cousines de Léon, les soeurs Lalleron âgées respectivement de 88 et 83 ans décèdent à huit jours d'intervalle. Une nouvelle fois, Léon hérite de la maison accroissant son patrimoine financier.
   Avec la fin de la guerre, des prisonniers allemands sont envoyés chez les français pour y faire des travaux. Le couple Besnard voit Alfred Dietz arriver. C'est un jeune homme, plutôt bien élevé originaire de Karlsruhe. Le garçon émeut Marie Besnard qui se prend d'affection pour lui. Mais les commérages vont eux parler d'une liaison, d'autant que Louise qui s'attache elle aussi à Alfred se met en concurrence avec Marie.

   1947, l'été est là et Léon voit sa santé chanceler. Il est souvent fatigué et n'arrive plus à manger. Seules quelques cuillères de soupe peuvent passer son gosier sinon il vomit tout le reste. Le docteur Gallois est un matin appelé au chevet du malade qui n'arrive plus à respirer. C'est une angine de poitrine, dit-il. Louise Pintou vient chez les Besnard deux fois par jour pour veiller sur Léon et aider Marie, fiévreuse, à le soigner. Au mois d'octobre, Léon tombe dans le coma et décède le 25 octobre au soir. Il a seulement 53 ans. Marie est effondrée. 

 

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Louise Pintou au procès

   L'affaire

   Louise Pintou entre en scène. D'amie, elle devient délatrice et se rend au château en ruines de Montpensier pour y retrouver les frères Massip qui y logent. Elle parle avec les deux premiers, Auguste et Joseph et s'interroge sur la mort de Léon. Elle leur fait part des symptômes que celui-ci a ressentis. Les deux hommes suggèrent une crise d'urémie.

   Non. Pour elle il y a eu empoisonnement et la criminelle est Marie, l'épouse. Elle se souvient d'ailleurs de ce que lui a dit Léon la veille de sa mort "il y avait un liquide bizarre" dans la soupe que son épouse lui a servie. Auguste, féru d'histoires policières va chercher un dictionnaire de médecine et en tournant les pages tombe sur le mot Arsenic. Cela fait tilt. Marie Besnard a bel et bien empoisonnée son époux avec ce poison. Il faut autopsier le corps pour en avoir la certitude. Pour se faire, il faut prévenir la police. A ces mots, Louise Pintou s'affole, elle ne veut pas aller trouver les brigadiers et se retrouver confrontée à Marie. Mais avant qu'elle n'ait eu le temps de dire "non", Auguste écrit une lettre au procureur de la République le 4 novembre 1947.
   Le 22 du même mois, les gendarmes se rendent au château et le questionne : "qu'est-ce que c'est que cette histoire ?". Auguste leur répète les soupçons de Louise, mais quand ceux-ci vont trouver la femme, elle rétorque qu'il affabule, elle n'a jamais dit cela.
   La rumeur enfle très vite dans la région et le ragot arrive jusqu'à Marie Besnard qui tombe des nues. Pourquoi celle qu'elle considérait comme son amie avance-t-elle une chose pareille ?
   Pour l'instant, la police décide de ne pas enquêter, mais les évènements vont se précipiter. Le château où résident Auguste et ses frères est la proie des flammes le 17 octobre 1948. Chacun se souvient alors des mots prononcés par Marie au lendemain de la visite des brigadiers sur les rumeurs "demander au ciel qu’un malheur arrive aux Massip avant le premier anniversaire  de la mort de Léon".

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Fiche signalétique de Marie Besnard - Photo : collection privée.org

 

   Auguste qui s'en sort indemne porte plainte. Une enquête est alors ouverte et c'est l'inspecteur Normand de la police judiciaire de Limoges qui se charge de l'affaire. Ses conclusions  ? C'est un enfant de 6 ans qui a mis le feu avec des bougies. Auguste n'y croit pas et pousse Louise Pintou à dire ce qu'elle sait.
   Marie va avoir un peu de répit. En effet, la région devient la proie de la grippe italienne et elle-même tombe malade tout comme sa mère qui succombe le 14 janvier 1949.
   Le mois suivant, le 5, la maison dans laquelle habite Louise est cambriolée. Le voleur va y dérober seulement du linge. Bizarre pour un vol, se disent les voisins.
   Quelques jours plus tard,  les gendarmes viennent voir Marie Besnard et lui annonce qu'une plainte a été déposée contre elle. Ils perquisitionnent mais ne trouvent rien. Auguste Massip, lui, ne veut pas qu'elle s'en tire une nouvelle fois et écrit une nouvelle lettre, cette fois-ci directement au juge.
   L'inspecteur Normand est de nouveau mis sur le coup. Il ne croit pas en la culpabilité de Marie concernant l'incendie du château et le cambriolage, mais Auguste Massip lui fait part des nombreuses morts qui ont jalonné le parcours de Marie parmi les membres de sa famille et la fortune qui a engraissé son compte en banque. L'inspecteur lui rétorque que les morts étaient toutes âgées et que Marie est reconnue pour avoir le coeur sur la main vis-à-vis des pauvres gens. C'est loin du portrait qu'il se fait d'une tueuse.
   Qu'à cela ne tienne, l'affaire va prendre un tournant nouveau avec l'instruction qu'ouvre le juge.

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   Le 9 mai, l'inspecteur Normand et son supérieur, le commissaire Nocquet obtiennent une nouvelle commission rogatoire et vont faire exhumer le corps de Léon Besnard pour autopsie. Le juge d'instruction est présent ainsi que son greffier ,le maire et le représentant du parquet. Ce sont les fossoyeurs qui sont chargés de faire l'identification des cadavres et le médecin ensuite prélève sur les morts un larynx, des cheveux, des yeux, des poils pubiens qui sont envoyés pour expertise à Marseille. L'expert, le docteur Béroud, au lieu de tout analyser, n'en analysera que 9 sur les 11 qui lui sont parvenus. Pour lui, il n'y a pas de doute, tous contiennent de l'arsenic et les échantillons de Léon Besnard sont de 19mg d'arsenic soit 4mg que la dose limite.

   Dans la foulée, Marie est conduite à la gendarmerie pour y être interrogée sans ménagement. Mais même après 4 heures d'interrogatoire, elle n'avoue rien du tout.
   Le 21 juillet, Marie Besnard est arrêtée et incarcérée à la prison de la "Pierre Levée" à Poitiers. Avant de la quitter, le commissaire lui lance "on vous coupera la tête, vous n’y échapperez pas vieille saloperie".

   L'affaire prend dès lors une ampleur régionale. On parle de 13 personnes empoisonnées.
   Marie Besnard prend Maître René Hayot du barreau de Paris qui est enthousiasmé par le fait de prendre sa défense et maître Gaultrat. Pour eux, tout cela ne tient pas debout et ils vont le démontrer au procès. 

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Le greffier avec les pièces à conviction

   Le 1er procès - Poitiers

   Le procès s'ouvre le 20 février 1952 où le poison est au centre des débats. La défense menée par l'avocat Gaultrat met en déroute l'expertise du docteur Béroud en lui tendant un piège. Pour déceler de l'arsenic, il existe deux méthodes, la Marsh et la Cribier. L'avocat lui montre des tubes et lui demande ce dont il s'agit.

   Maître Gautrat : vous avez écrit qu’il est inutile d’identifier les tubes contenant de l’arsenic, car celle-ci est parfaitement reconnaissable à l’œil nu ;
   Dr Béroud : c’est tout à fait exact
   Maître Gautrat : voici six tubes. Quels sont ceux qui contiennent de l’arsenic et ceux qui contiennent de l’antimoine ?
   La salle est subjuguée – on sent que c’est un point fort de l’audience. Le Docteur Béroud montre deux tubes en disant « ce sont ces deux-là qui contiennent de l’arsenic »

   "Faux !", lui réplique l'avocat "Il n'y a rien, rien !". En effet, le laboratoire qui a  eu les tubes et les a analysés n'y a trouvé aucune trace du poison censé avoir tué Léon Besnard. L'avocat de Marie Besnard poursuit : " il y a une chose que je ne comprends pas dit Me Gautrat au docteur Béroud – les bocaux contenant les viscères de la veuve Davaillaud étaient bien scellés mais la caisse qui les transportait ne l’était pas – cette négligence est criminelle – dix bocaux sont partis et onze sont arrivés – il n’y a que deux hypothèses : ou bien quelqu’un est intervenu pendant le voyage ou bien il a été ajouté des bocaux dans le laboratoire de Marseille – d’autre part une caisse était partie  de Poitiers avec dix bocaux et il n’y en avait plus que huit à son arrivée à Marseille – ensuite le Dr Béroud n’a pas suivi la mission qui lui avait été confiée par le juge d’instruction».
   Le juge ordonne alors une nouvelle expertise qui sera remise deux mois plus tard. Les trois experts nommés se contredisent à leur tour, il n'y a donc pas de preuves à montrer aux 9 jurés.
   L'instruction dure deux ans et sept mois où 90 témoins défilent, mais n'apportent rien en terme de preuves sinon des ragots. Les policiers qui conduisent Marie Besnard chaque jour à l'audience, lui disent "inutile de nier, on a trouvé de l’arsenic dans le corps de votre mère – regardez tous les journaux en parlent – vous pouvez lire Marie Besnard démasquée". L'avocat qui les surprend les tance vertement et leur interdit de parler à sa cliente. Mais ce qu'il ne sait pas, c'est que sa cliente a dans sa cellule trois autres détenues qui toutes sont de connivence avec la police. L'une d'entre elle, Mary-Lou lui propose de s'évader en échange de ses aveux sur papier. Le 29 septembre, le juge a la lettre entre les mains et pense qu'il tient là la preuve ultime qui sera pulvérisée par l'avocat de la défense.
   Le procès est renvoyé.

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   Le second procès - Bordeaux

    Le 2ème procès va durer un peu plus d'un an.
   Les experts vont se pencher sur six des douze cadavres qui selon eux valent la peine d'être examinés. 150 pages composent le dossier de la défense et l'avocat de la défense est maître Albert Gontrat. Il y a noté minutieusement les contradictions et va demander des explications détaillées aux experts et aux témoins qui vont se présenter dont Louise Pintou et dont il va chercher à démontrer la mythomanie.

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Marie Besnard et Charles Trenet


   L'affaire Marie Besnard est devenue nationale et les stars se pressent pour la défendre ou au contraire la vilipender, un peu à la manière de l'affaire Dreyfuss. Charles Trenet la soutient ainsi que la journaliste de Marie Claire, l'un des magazines les plus lus de France.
   C'est l'affaire de l'arsenic qui secoue l'hexagone. Marie Besnard est-elle innocente ou coupable ?
   Le psychiatre qui l'examine déclare à l'assemblée "elle est anormalement normale" et concernant la lettre que Marie a signée dans sa cellule contre une prétendue évasion, il déclare que "les moutons, c'est-à-dire les trois détenues placées dans la cellule de Marie pour la faire parler, sont quelque chose d'horrible. Je trouve scandaleux qu'il y ait des personnes qui puissent se laisser aller à de tels actes".
   Le commissaire Nocquet qui avait mis en place ce stratagème s'enfonce dans son siège, honteux devant le juge, qui est lui, dépité.

   Simone Croupier, l'un des "moutons" témoigne : « on s’était entendu pour remettre les lettres que Marie écrivait, parfois qu’on lui dictait – je les donnais à la surveillante-chef qui les remettait au commissaire ou au juge – on empêchait Marie de dormir – la cellule était éclairée jour et nuit – on la frappait de temps en temps ».
   La surveillante-chef appelée à la barre confirme les propos.

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   L'avocat reprend ensuite les propos prononcés par les gendarmes à destination de sa cliente : "eh bien ! vieille filouse, vous allez l’avouer maintenant, vous avez fait bouffer de l’arsenic à votre mari – faut-il qu’on vous tape sur la gueule pour vous faire avouer ? »
   Quant aux frères Massip, ils les traîtent d'hurluberlus quand Auguste Massip se met à vociférer "voilà six ans que cela dure – je ne comprends pas que Madame Besnard ne s’est pas suicidée – j’admire sa patience – Si elle s’était suicidée, eh bien les hommes de loi n’auraient eu qu’à en faire autant ". Le président le fait sortir de la salle. Il ne reviendra pas.
   Ce sont ensuite les experts en toxicologie qui défilent. Le professeur Piedelièvre fait observer qu'avec l'état de putréfaction des corps, il est difficile de faire des prélèvements. Maitre Gautrat l'interroge alors : "si j’enterrais un chien dans le cimetière de Loudun, pourriez vous dire, en engageant votre honneur de savant, si ce chien, trois ans plus tard, ne contiendra pas une quantité d’arsenic qu’il ne possédait pas avant la mort ?» Fabre répondit qu’il n’en savait rien. Alors Gautrat s’exclame : « comment voulez-vous que les jurés le sachent si vous, le savant, n’en savez rien".
   L'expert Favre rétorque alors "nous ne pouvons donner que des indications générales. Je le répète il y a trop d’arsenic dans les débris cadavériques, dans les cheveux ce qui montre cette fois une absorption massive par voie interne et qui laisse un grand doute."
   Maitre Gautrat avance alors que la terre contient elle-même de l'arsenic et qu'une quantité à très bien pu se dissoudre dans les tombes, ce que l'expert reconnait même s'il avance que l'arsenic ne peut à ce moment-là être soluble.

   Gautrat : "Dans quelle mesure l’arsenic contenu dans la terre peut-il être véhiculé par l’eau et imprégner les cadavres ?"
   L'expert Le Peintre répond : "J’ai constaté que les eaux arrivent à dissoudre l’arsenic lorsqu’elles coulent sur les corps inhumés prenant à la terre l’arsenic qu’elle contient. C’est ainsi que l’arsenic exogène  a pu imprégner le corps de Léon Besnard qui baignait dans 2000 litres d’eau – chaque litre d’eau contient un dixième de mg d’arsenic – le corps a donc baigné pendant plusieurs années dans une quantité d’arsenic importante soit 200 mg."

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Marie besnard et ses avocats



   Un expert nommé Truffert opère alors une expérience et marque la fin des auditions
   "«j’ai fait macérer des cheveux dans une solution arsenicale de 20 gr par c³ - j’ai pu aboutir aux trois conclusions suivantes :

   1) Les cheveux peuvent fixer une quantité considérable d’arsenic post mortem
   2)  Cette quantité peut dépasser notablement celle dans un liquide ou ils ont macéré.
   3)  Cet arsenic résiste à tous les lavages même à ceux de l’acide chlorhydrique concentré.
On ne peut plus affirmer que si l’on trouve de l’arsenic dans les cheveux d’un cadavre cet arsenic y a été introduit de son vivant
."
 

    Après la délibération, la Cour décide que les conclusions de la partie civile sont mal fondées et les rejettent, ordonnant une nouvelle expertise auprès de l'académie des sciences.
   En attendant, Marie Besnard est remise en liberté provisoire avec versement de la somme de 200 000 francs en terme de caution personnelle et de 1 million en provision des dépens de l'affaire.
   Le procès est reporté comme le premier.
   Marie hypothèque toutes ses possessions et sort. Elle retourne dans la ville de Loudun.

   Les expertises vont alors voir nombre de rebondissements. De trois mois, on va passer à sept ans, les experts se récusant au fur et à mesure ou demandant des délais pour étudier les effets de l'arsenic et la chimie des sols.

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   Le troisième procès a enfin lieu, le 22 novembre 1961, sous l'instruction de Nussy Saint-Saëns (neveu du compositeur Camille Saint-Saëns). Les experts repassent à tour de rôle devant les jurés. Tour à tour, leurs travaux sont confirmés ou infirmés. Si le procès est plus calme, c'est toujours la pagaille au niveau des expertises.
   « Vous ne connaissez pas tous les facteurs, dit maitre Gautrat en direction des experts. Vous ne pouvez rien déterminer, rien comparer – l’honneur de la science est de connaître ses limites et ses faiblesses – or parfois certains de vos conseillers font de la science-fiction ! Depuis 1953 on constate des différences notables et inquiétantes dans les divers rapports au sujet  des pourcentages d’arsenic dans les mêmes cadavres ».
   Les plaidoiries arrivent ensuite.
   Maître Gautrat demande aux jurés de s’appuyer plus sur la raison que sur l’intime conviction «  la raison exige que vous vous appuyez sur des faits et sur des preuves ». L'autre avocate de Marie, Jacqueline Favreau-Colombier qui écrira un livre sur l'affaire offre une plaidoirie pleine d'émotion "dites-vous que si aujourd’hui c’est Marie Besnard qui est dans ce box – demain ce pourrait être vous ». La salle d'audience fond en larmes.
   Maître Gautrat s’exprime à nouveau dans un propos ultime : « Pour moi il n’y a pas de doute dans cette affaire mais une certitude. Tout le procès de Marie Besnard repose en effet sur un mensonge et une erreur – le mensonge ! C’est le mensonge Béroud, l’erreur c’est celle que nous avons mis en évidence après sept ans de travail."
   Le verdict tombe dans la soirée : "Davaillaud Marie, veuve Besnard, a-t’-elle volontairement attenté à la vie de X par l’effet d’une substance qui pourrait donner la mort plus ou moins promptement  ?"
   Le 12 décembre 1961, au terme d'un bref délibéré, le jury de la cour d'assises de la Gironde acquitte de justesse Marie Besnard au bénéfice du doute, par sept voix contre cinq

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   Après l'acquittement

   Une enquête menée par la suite au cimetière de Loudun a permis de démontrer que le sulfatage des fleurs, la décomposition du zinc (de l'arsenic est normalement contenu dans le zinc commercial issu des ornements funéraires tels les crucifix de métal, les toitures des chapelles) et l'arséniate employé peuvent avoir saturé la terre du cimetière d'arsenic et justifier une intoxication post-mortem.

   Marie Besnard va publier ses mémoires à la suite de ce procès, en 1962 qu'elle va présenter à la télé dans l'émission "Lecture pour tous".
   "J’aurais préféré entendre dire par le président du procès : Marie Besnard est innocente, plutôt qu’acquittée. J’ai toujours eu confiance, car je n’avais rien fais, alors je me disais pourquoi on me condamnerait… C’est pour ça que j’ai pu tenir 14 ans", confie-t-elle devant la caméra.
   Elle continuera d'habiter à Loudun jusqu'à sa mort, le 14 février 1980 à 83 ans et fera don de son corps à la science.
   Coupable ou non coupable ? Jamais l'affaire ne sera finalement résolue, mais Marie Besnard pardonnera à celle qui est à l'origine de ces procès, Louise Pintou.

 

   Les victimes présumées :

 

  • le 1er juillet 1927 : Auguste Antigny (29 ans), cousin germain et premier époux de Marie Besnard. Déclaré mort de tuberculose. 6 mg d'arsenic 
  • le 22 août 1938 : Marie Lecomte, née Labrèche (86 ans), grand-tante de son mari. 35 mg d'arsenic
  • le 14 juillet 1939, Toussaint Rivet (64 ans), ami des époux Besnard. 18 mg d'arsenic
  • le 14 mai 1940, Pierre Davaillaud (78 ans), père de Marie Besnard. 36 mg d'arsenic 
  • le 2 septembre 1940, Louise Gouin, née Labrèche (92 ans), grand-mère maternelle de Léon Besnard. Très faible quantité d'arsenic recueillie dans ses viscères suppose une mort naturelle.
  • le 19 novembre 1940, Marcellin Besnard (78 ans), beau-père de Marie Besnard. 48 mg d'arsenic
  • le 16 janvier 1941, Marie-Louise Besnard, née Gouin (68 ans), belle-mère de Marie Besnard.  60 mg d'arsenic ;
  • le 27 mars 1941, Lucie Bodin, née Besnard (45 ans), sœur de Léon Besnard,  30 mg d'arsenic
  • le 27 décembre 1941, Blanche Rivet, née Lebeau (49 ans) 30 mg d'arsenic
  • le 1er juillet 1945, Pauline Bodineau, née Lalleron (88 ans), cousine de Léon Besnard.  48 mg d'arsenic 
  • le 9 juillet 1945, Virginie Lalleron (83 ans), sœur de Pauline Bodineau. 20 mg d'arsenic 
  • le 25 octobre 1947, Léon Besnard (53 ans), époux de Marie Besnard. 43 mg d'arsenic
  • le 16 janvier 1949, Marie-Louise Davaillaud, née Antigny (71 ans), mère de Marie Besnard.  48 mg d'arsenic.

 

 

 

 

 

 

 

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Source :
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_Besnard
- https://www.collection-privee.org/public/galerie-virtuelle-plus.php?theme=7
- https://www.sudouest.fr/2019/02/26/affaire-marie-besnard-il-y-a-67-ans-le-premier-proces-de-l-empoisonneuse-du-siecle-5850487-2780.php
- https://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article626

 

 

 

 

 

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