Psycho-Criminologie

Psycho-Criminologie

psychologie et criminologie

Publié le par I. Girard
Publié dans : #Semiologie, #Tueur en série, #Le tueur en série, #Le tueur en série qui est-il, #tueurs en série
Le tueur en série : qui est-il ?

Définition

 

La définition qui entoure le "concept" du tueur en série est complexe. En effet, il n'existe pas un type de tueur en série, mais plusieurs types de tueurs en série, ce que nous détaillerons plus bas.
S'ils sont donc de plusieurs types, ils se retrouvent néanmoins sur certains points que l'on recoupe notamment sur le nombre de victimes, le temps qui peut s'écouler entre les meurtres, le type de victimes, et le comportement adopté par le tueur.

Cependant ces critères peuvent se montrer mouvants. En effet, alors que Holmes et Holmes (1994) notifiaient qu'une période de 30 jours devait s'écouler entre les meurtres pour déclarer qu'il s'agit d'une série, on sait que certains tueurs en série ont eu une période préparatoire, appelée "The cooling off period" (période de réflexion) plus courte entre leurs deux premiers meurtres.
On pourra les appeler alors Spree killer (meurtres sans période d'arrêt ou période de quelques heures/jours entre).
D'autres définitions élargissent le phénomène des tueurs en série, en mettant en avant le nombre de meurtres : un minima de trois ou quatre sur une durée indéterminée et caractérisée par une méthode particulière et avec un motif précis. (Hickey, 1991).
Le tueur en série est donc un homme ou une femme qui n'est pas un tueur dit de masses ni un tueur multiple (ex : quelqu'un qui tue tous les membres de sa famille sera considéré comme tueur multiple, mais pas tueur en série).
Le tueur de masses sera lui, à ranger dans la catégorie Spree Killer (il tue dans un laps de temps très rapproché et en grand nombre).

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Charles Manson



Selon le FBI, la majorité des meurtres en série seraient à connotation sexuelle, si l'on excepte les tueurs d’opportunités (argent, raison économique), les anges de la miséricorde (infirmiers), les tueuses post-partum, etc.
Les crimes trouveraient leur origine dans une enfance traumatique avec sévices ou dans le cadre d'une famille dysfonctionnelle, un père absent, une mère dominatrice, une problématique psychologique, une agression sexuelle subie.
Le tueur en série a aussi affaire à ce que l'on appelle La Triade : torture d'animaux, énurésie, pyromanie.
Ce n'est pas le cas pour tous les tueurs. On notera cependant que beaucoup d'entre eux rempliront au moins une des trois cases de la Triade, voire au minimum deux.
La majorité a eu affaire à la justice durant leur adolescence avec des actes de petites et de moyennes délinquances (vol, cambriolage, agression).
Certains sont des tueurs récidivistes (comme Ed Kemper) qui a tué ses grands-parents et s'est fait enfermé en institution à l'âge de 15 ans, avant de repasser à l'acte une fois libéré et adulte.

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Ed Kemper

 

Quelques chiffres


Le tueur ou la tueuse en série commence généralement sa série de meurtres avant la trentaine et rares sont ceux et celles qui commencent à tuer après la cinquantaine. Leur taux est en diminution aux États-Unis avec un pic dans les années 70, 80 et 90 (respectivement 605, 768, 669).
On suit une tendance similaire dans le reste du monde bien qu'une stagnation s'opère en Europe.
Si la majorité des Tueurs en série étaient de race blanche dans les années 80 à 1990, il semble qu'ils soient de majorité noire depuis 1990, 59.8% en 2010 (Université de Radford). 
Les femmes représentent une population de 8% de tueuses pour 92% d'hommes.
La moyenne du tueur en série est de cinq victimes et plus, avant de se faire appréhender par la police.
Très peu sont nécrophiles (10%).
Selon Ressler et al. (1988), 69% des tueurs en série ont connu une enfance marquée par l'alcool et la drogue chez l'un de leurs parents proches.
Le père était absent du foyer dans 47% des cas et le nouveau conjoint de la mère ne parvenait pas à établir une image positive masculine.

Parmi les pays qui détiennent le record en terme de tueurs en série, nous trouverons  :
1- Les États-Unis
2- Le Royaume-Uni
3- L'Afrique du sud
4- Le Canada
5- L'Italie
La France arrive en 11ème position (chiffre 2010, Université de Radford)

Parmi les victimes, on compte une majorité de femmes, 51% pour 49% d'hommes.
Les victimes sont à 67% de race blanche avec un âge médian de 29 ans (toutes victimes confondues).
Aux États-Unis, l’État qui recoupe le plus de tueurs en série est la Californie suivie du Texas et de la Floride. Le Dakota du Sud est la région la plus tranquille avec seulement 7 tueurs en série recensés.
Le tir et la strangulation sont les deux méthodes les plus utilisées pour tuer les victimes, suivis de l'étouffement.
Les deux tiers des tueurs sont organisés ou mixtes.

 

 

La typologie des Tueurs en Série

Ils sont rangés en trois catégories que l'on nomme :  organisé, désorganisé, mixte.

C'est le meurtrier lui-même et son comportement qui vont définir tout d'abord le classement dans cette catégorie suivie par la scène de crime primaire (le lieu du meurtre), secondaire (le lieu où sera retrouvé le corps et/ou transporté) et la méthode utilisée pour tuer.

- Le tueur en série organisé

Il paraît comme monsieur et madame tout le monde et se fond parfaitement dans le décor. Certains sont engagés dans des associations, en politique, dans la vie du voisinage, etc.
Ils sont en général respectés par leur entourage qui ne les soupçonne pas du tout.
Certains ont une vie sociale active, mais pas tous.
Il a un quotient intellectuel plutôt élevé et au minimum moyen, exerce un métier et a une vie plutôt stable.
La plupart sont mariés ou ont quelqu'un dans leur vie (petite-amie, mère, père, enfant...)
Ils n'ont pas de problème sexuel reconnu ou celui-ci est dissimulé.
Ils possèdent une voiture, ce qui leur permet de se déplacer.
Ils étaient l'aîné de la famille ou l'enfant unique. Leur foyer était souvent empreint d'une éducation plutôt rigoureuse.
La mère était souvent le chef de famille, soit parce que le père a fini par partir, soit parce qu'il était déficient dans son rôle de parent.
Le tueur en série organisé planifie ses crimes, il ne connaît pas ses victimes et tue dans un secteur étendu, mais sélectionne ses proies (par âge, race, métier, sexe).
Le tueur en série organisé ne tue pas sous l'effet d'une impulsion. Il a préparé son meurtre et réfléchi à la manière de procéder à celui-ci.
Son passage à l'acte va advenir sous le coup d'un événement particulier souvent provoquer par un stress intense : perte d'un emploi, divorce, séparation, mort d'un parent.
Le tueur organisé va avoir à cœur de retrouver la teneur de son fantasme à travers les morts qu'il donne. Il se maîtrise lors du passage à l'acte.
Il se fait alors un rituel de préparation qui peut prendre plusieurs heures et qu'il voudra retrouver par la suite en terme émotionnel.
La scène du crime sera soignée avec des indices rares laissés sur place. L'arme du crime en général ne sera pas retrouvée. La victime sera cachée, enterrée afin de retarder sa découverte. Les actes de violence seront commis avant la mort de la victime et non après sur le cadavre même s'il arrive que certains retournent sur le lieu où le corps a été enterré pour revivre les émotions du meurtre et/ou avoir une relation avec le cadavre (Gary Ridgway).
Après son meurtre, le tueur retournera à sa vie comme si de rien n'était avant de planifier son assassinat suivant.
Certains cherchent à se rapprocher des médias ou de la police pour avoir des infos sur l'avancée de l'enquête les concernant.
 

Marcel Petiot psycho Criminologie.com
Marcel Petiot

- Le tueur désorganisé

C'est un tueur qui est plutôt isolé socialement avec un QI moyen ou en dessous de la moyenne. Il a très peu de contact et n'a pas ou peu de relation sexuelle.
S'il travaille, il habite près de son emploi (souvent peu qualifié) et se déplace très peu.
Il est souvent socialement immature.
Ses meurtres se déroulent dans un secteur proche de son domicile en général.
Il a pu connaitre une enfance très disciplinaire tout comme le tueur organisé, mais contrairement à lui sera plutôt le cadet de la fratrie. Les parents ont eu une vie instable et souvent le père a eu un travail en dent de scie, voire pas du tout.
La mère et le fils n'ont pas eu de relation proche.
Le tueur désorganisé est souvent en proie à une addiction (alcool, drogue) et il souffre de problèmes mentaux. Il peut avoir eu un épisode de BDA (bouffée délirante aïgue) qui s'est transformé par la suite en schizophrénie de type paranoïde.
Son premier meurtre est souvent spontané et non prémédité. Ses victimes peuvent être connues, mais en général sont inconnues et n'ont rien en commun. Il a peu de contact avec sa victime et la tue rapidement avec violence. Il prend comme arme ce qu'il a sous la main et peut en changer durant sa série sans avoir un modus operandi précis.
La victime est souvent retrouvée sur le lieu du meurtre et rarement dissimulée. La scène de crime présente plusieurs indices.

Un tueur en série peut cependant naviguer d'une catégorie à l'autre. On dira alors qu'il est "Mixte".

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John Wayne Gacy

 

- Le tueur en série mixte

C'est lorsque les caractéristiques des meurtres diffèrent dans leur mode et qu'elles ne suivent pas le schéma habituel de la série, passant de crimes organisés à désorganisés que cette catégorie sera utilisée. Il peut aussi associer des caractéristiques de l'un (être en proie à une addiction), mais aussi de l'autre (avoir une vie sociale forte et être parfaitement intégré).

 

Holmes et DeBurger rajoutent quatre types de tueurs en série : le dominateur (il aime le contrôle et la domination et décide la date de la mort de sa victime), le missionnaire (se croit en mission et tue une catégorie de personnes précise), l'hédoniste (le plaisir, la luxure est au cœur de ses meurtres) et le visionnaire (qui tue sous l'effet de vision ou de voix qui lui dictent de commettre un meurtre).

 
La personnalité du tueur en série

Il souffre souvent de trouble de la personnalité anti-sociale avec une carence affective importante durant l'enfance et des problématiques sociaux-économique qui vont venir se greffer durant ou par la suite.
Le tueur psychopathe est une personne agressive, insouciante, qui ne ressent pas le remord, n'a pas peur, se montre cruel. Il agit sous le coup de ses impulsions et de ses envies immédiates. On peut définir ce genre de tueur comme étant des psychopathes mixtes. Certains pourront ressentir des remords, être en proie à des troubles émotionnels et faire des actes répétitifs, mais ils auront souvent une attitude d'imitation aux stimuli des sentiments que les autres leur renvoient :  amour, tendresse, anxiété, ce qui les rend très difficilement détectables.

Le tueur en série dépersonnalise, chosifie sa victime, ce qui lui permet de tuer sans ressentir la moindre émotion pour l'être humain qui est face à lui; Il ne la perçoit que comme quelqu'un d'insignifiant, voire un déchet ou peut lui apposer une identification qu'il choisira lui-même, opérant son clivage qui pourra s'accentuer au fil des meurtres.
Certains tueurs en série sont de grands manipulateurs, d'autres se montrent particulièrement sadiques.
D'autres encore se prennent pour des sauveurs altruistes.
 

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Aileen Wuormos

 

En conclusion, si l'on peut donner des caractéristiques aux tueurs en série, certains peuvent naviguer d'une catégorie à l'autre, rendant leur identification plus difficile que ce soit dans leur manière d'appréhender leurs meurtres, leur psychologie, le passage à l'acte et l'après.
De nombreuses recherches restent donc à mener dans ce domaine que ce soit au niveau criminogène, anthropologique ou social. Les conditions environnementales et sociologiques étant en perpétuelles évolutions, et pouvant impacter la genèse et la forme du passage à l'acte, le type de tueur en série peut évoluer lui aussi.

Source :
Département de psychologie de l’université de Radford

Ressler, R.K. et al. (1988). Sexual Homicide Sexual Homicide Patterns and Motives. Lexington, MA DC Heath & Company.
Thèse de Mylène Duchemin, 1998, Université d'Ottawa
Serial Murderers and Their Victims, d'Eric W. Hickey (1991)

 

 

 

 

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